Au Québec, si vous avez un litige de quelques milliers de dollars, il vous faudra en moyenne 753 jours pour être entendu par un juge. Plus de deux ans. À Laval ou Longueuil, l’attente dépasse même les trois ans [1]. Pendant ce temps, en France, le ministère de la Justice vante une nouvelle « culture de la performance », important le jargon des entreprises pour « renforcer l’efficacité » d’un système que les magistrats eux-mêmes décrivent comme étant au bord de l’implosion [2]. Ce grand écart entre le discours managérial et la réalité du terrain expose une dangereuse dérive : le culte de la performance, une quête de chiffres qui menace de déshumaniser la justice et de la vider de son sens.
La réalité québécoise : un système à bout de souffle
Le Québec est un cas d’école de cette tension. D’un côté, des délais qui explosent, transformant l’accès à la justice en un parcours du combattant. De l’autre, une crise profonde de l’aide juridique, pilier de l’accessibilité pour les plus démunis. Entre 2018 et 2023, le nombre d’avocats du privé acceptant des mandats d’aide juridique a chuté de 22 %, découragés par une rémunération dérisoire [3]. La conséquence ? De plus en plus de citoyens se représentent seuls, les dossiers s’accumulent, et le système s’engorge davantage. Pendant ce temps, 60 % des détenus dans les prisons provinciales sont en attente de leur procès, dans des conditions de surpopulation et sans accès à des programmes de réhabilitation [3].
C’est dans ce contexte que la notion de « performance » interroge. Comment peut-on exiger plus d’un système qui manque de tout : de juges, d’avocats, de personnel de soutien, et de moyens financiers ? La situation a atteint un point tel qu’en 2022, la juge en chef de la Cour du Québec, Lucie Rondeau, a dû imposer une réduction du nombre de jours de séance des juges pour leur permettre de simplement lire leurs dossiers et rédiger leurs décisions, une mesure à laquelle le gouvernement s’est opposé avant de perdre en cour [4].
| Indicateur | Situation au Québec | Conséquence |
| Délai moyen (petites créances) | 753 jours en 2024 (contre 418 en 2019) | Découragement des citoyens, déni d’accès à la justice. |
| Aide juridique | Baisse de 22 % des avocats du privé en 5 ans | Augmentation des citoyens non représentés, retards accrus. |
| Détention préventive | 60 % de la population carcérale provinciale | Surpopulation, absence de réhabilitation, coût humain et social. |
Le coût humain de la « justice-minute »
Cette obsession pour la productivité n’est pas sans conséquence pour ceux qui rendent la justice. Le discours sur la performance, déconnecté de la réalité du manque de moyens, est perçu comme une forme de mépris. En France, une magistrate dénonçait cette situation par une métaphore saisissante : « Le bateau justice est en train de sombrer pendant que les membres de l’équipage encouragent la performance de ceux qui écopent à la petite cuillère » [2].
Ce sentiment est partagé à l’échelle internationale. Une étude des Nations Unies révèle que plus de 92 % des juges dans le monde estiment que leur travail est une source de stress importante [5]. En France, près de 40 % des magistrats se déclaraient en état de souffrance au travail en 2022, une augmentation de 7 points en trois ans [6]. Ce phénomène, qui mène à des burn-outs et, tragiquement, parfois à des suicides, met en péril l’ensemble du système judiciaire. Un juge épuisé est un juge moins attentif, moins patient, et dont la qualité des décisions peut être affectée.
« Alors que la justice ne tient que grâce au surinvestissement et à la conscience professionnelle de ceux qui la rendent, comment évaluer la performance sans outil d’évaluation des charges de travail ? » — Natacha Aubeneau, Magistrate, Secrétaire nationale de l’Union syndicale des magistrats (USM) [2]
Sortir de l’impasse : l’innovation québécoise
Face à ce sombre tableau, une lueur d’espoir vient pourtant du Québec lui-même. Plutôt que de s’enfermer dans une logique purement quantitative, le ministère de la Justice a misé sur l’innovation avec l’instauration de la médiation obligatoire pour les litiges de moins de 5000 $. Les résultats sont spectaculaires : dans les districts où le projet est implanté, les délais ont fondu, passant de plus de trois ans à seulement quatre mois à Longueuil et six mois à Laval. Soixante pour cent des dossiers se règlent en médiation, désengorgeant les tribunaux [1].
Cette réussite prouve que la véritable performance ne réside pas dans la capacité à « passer plus de dossiers » à n’importe quel prix, mais dans la capacité à repenser les processus pour offrir une justice plus rapide, plus humaine et plus accessible. La solution n’était pas de faire travailler plus les juges, mais de faire travailler le système différemment.
En définitive, le « culte de la performance », lorsqu’il se résume à des indicateurs quantitatifs déconnectés de la réalité, est un dangereux mirage. Il ignore la mission fondamentale de la justice, qui n’est pas de produire des chiffres, mais de trancher des conflits humains avec soin, équité et diligence. La véritable performance d’un système judiciaire se mesure à la confiance que les citoyens lui accordent, à son accessibilité et à la qualité de ses décisions. Importer sans discernement les outils du management d’entreprise dans les palais de justice est une fausse bonne idée ; la justice mérite mieux qu’une évaluation par Z-score.
Sources
[1] Dubuc, M. (2025, 15 juin). Grands délais aux petites créances : ça achève. La Presse. Consulté le 15 octobre 2025, à l’adresse https://www.lapresse.ca/affaires/chroniques/2025-06-15/grands-delais-aux-petites-creances-ca-acheve.php
[2] Aubeneau, N. (2025, 9 octobre). Justice : le nouveau culte de la performance. Actu-Juridique.fr. Consulté le 15 octobre 2025, à l’adresse https://www.actu-juridique.fr/justice/justice-justice/justice-le-nouveau-culte-de-la-performance/
[3] Leckey, R. (2025, 26 février). Le système d’injustice du Québec. L’actualité. Consulté le 15 octobre 2025, à l’adresse https://lactualite.com/societe/le-systeme-dinjustice-du-quebec/
[4] Cherry, P. (2022, 7 novembre). Charge de travail des juges: Québec perd la première manche contre la juge en chef. Le Journal de Montréal. Consulté le 15 octobre 2025, à l’adresse https://www.journaldemontreal.com/2022/11/07/charge-de-travail-des-juges-quebec-perd-la-premiere-manche-contre-la-juge-en-chef
[5] Global Judicial Integrity Network. (s.d.). Exploring Linkages between Judicial Well-Being and Judicial Integrity. UNODC. Consulté le 15 octobre 2025, à l’adresse https://www.unodc.org/res/ji/resdb/data/2022/exploring_linkages_between_judicial_well-being_and_judicial_integrity_html/Global_Report_Judicial_Well-being.pdf
[6] Dufour, O. (2022, 20 juin). Justice malade : près de 40% des magistrats s’estiment en état de souffrance au travail !. Actu-Juridique.fr. Consulté le 15 octobre 2025, à l’adresse https://www.actu-juridique.fr/justice/justice-malade-pres-de-40-des-magistrats-sestiment-en-etat-de-souffrance-au-travail/
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