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Quand l’abandon du PEQ saborde l’économie touristique : le paradoxe d’un Québec qui se tire dans le pied

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Image d'illustration générée par une intelligence artificielle. © Droit d'auteur : LeJuridhic.com, 2026.

Le gouvernement du Québec a aboli le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) sans clause de droits acquis, laissant dans le vide juridique des milliers de travailleurs étrangers déjà établis dans la province. Pendant ce temps, l’industrie hôtelière et la restauration, poumons économiques de Montréal, suffoquent. Comment en est-on arrivé à ce paradoxe où le Québec rejette ceux-là mêmes qui font tourner son économie ?

Un coup de massue pour les acteurs économiques

L’abolition du PEQ le 19 novembre 2025 ne relève pas d’une simple réforme administrative. Il s’agit d’un séisme dont les répliques se font déjà sentir dans tous les recoins de l’industrie touristique québécoise. Tourisme Montréal, l’Association hôtelière du Grand Montréal et l’Association restauration Québec ont joint leurs voix dans un cri d’alarme sans précédent : sans mesures transitoires, c’est l’ensemble de l’écosystème touristique qui risque l’effondrement.

Les chiffres donnent le vertige. Corner Collection, un groupe hôtelier montréalais, pourrait perdre 166 employés d’ici 2027, soit 22 % de son effectif total. Ces départs ne concernent pas des postes de remplacement facilement comblables, mais des travailleurs qualifiés, formés, intégrés depuis des années. Des cuisiniers, des réceptionnistes, des préposés aux chambres qui parlent français, paient des impôts et contribuent quotidiennement à la vie de la métropole.

Dimitri A. Antonopoulos, président de Corner Collection, ne mâche pas ses mots : «Chaque départ forcé de travailleur qualifié constitue une perte humaine, organisationnelle et opérationnelle majeure.» Comment lui donner tort ? Dans un contexte où le tourisme injecte 4,1 milliards de dollars de devises étrangères annuellement dans l’économie québécoise, priver l’industrie d’un cinquième de ses effectifs relève d’une forme d’autodestruction économique.

La promesse brisée : trahison ou politique migratoire assumée ?

Au-delà des statistiques se cache une dimension profondément humaine. Nadir Belaid, arrivé d’Algérie en 2019, résume le sentiment partagé par des milliers de travailleurs étrangers : «Je me sens totalement trahi et abandonné par le gouvernement.» Ces mots percutent car ils soulèvent une question morale fondamentale : peut-on, en toute bonne conscience, attirer des gens avec la promesse d’un parcours vers la résidence permanente, pour ensuite leur claquer la porte au nez ?

Le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, a été clair : «Rien n’est automatique.» Le nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) remplace le PEQ par un système de pointage sur 1 200 points qui pénalise les candidats établis à Montréal et Laval tout en favorisant certains secteurs comme la santé et l’éducation. Une réforme qui, selon ses détracteurs, ignore la réalité du terrain et les besoins criants de l’hôtellerie-restauration.

Le sentiment de trahison est d’autant plus vif que ces travailleurs ont respecté toutes les règles. Ils ont appris le français, obtenu des diplômes québécois, accumulé de l’expérience de travail dans la province. Ils ont joué le jeu du «contrat social» proposé par le Québec. Aujourd’hui, on leur dit que leur contribution n’est plus désirée. Comment s’étonner, dès lors, de voir émerger des mouvements de protestation comme «Le Québec, c’est nous aussi» ?

Une coalition improbable contre Québec

Ce qui frappe dans cette saga, c’est l’ampleur de la coalition qui s’est formée contre la décision du gouvernement Legault. Syndicats, groupes patronaux, maires de grandes villes : rarement a-t-on vu une opposition aussi unanime sur un enjeu d’immigration.

Pour la première fois de leur histoire, les conseils de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) et de la Communauté métropolitaine de Québec (CMQuébec) ont adopté une résolution commune le 19 février 2026. Représentant 110 municipalités, 5,1 millions de personnes et près de 70 % du PIB québécois, ces deux entités exigent une clause de droits acquis pour les travailleurs déjà établis.

«En abolissant le PEQ sans mesures transitoires, le gouvernement du Québec renie l’engagement qu’il a pris auprès de dizaines de milliers de personnes», a dénoncé Soraya Martinez Ferrada, mairesse de Montréal. Son homologue de Québec, Bruno Marchand, a renchéri : «Nous avons des immigrants qui sont établis, qui parlent français et contribuent à notre économie. Vous créez de l’incertitude pour ces gens.»

Véronique Proulx, présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec, souligne que «le PEQ était une façon de donner de la certitude à nos entreprises, aux employés et d’avoir un impact positif sur l’économie de nos régions». Sans ce programme, c’est la capacité de planification des entreprises qui vole en éclats.

Un timing catastrophique dans un contexte de guerre commerciale

L’abolition du PEQ intervient à un moment particulièrement mal choisi. Le Québec, comme l’ensemble du Canada, fait face à une guerre commerciale déclenchée par l’administration américaine, provoquant une chute des exportations et une incertitude économique sans précédent. Dans ce contexte, priver l’économie de milliers de travailleurs qualifiés déjà en poste relève de l’imprudence stratégique.

Le vieillissement démographique aggrave encore la situation. La population active diminue, les départs à la retraite s’accélèrent, et la pénurie de main-d’œuvre demeure le «frein numéro un» à la compétitivité des hôtels québécois, selon l’Association Hôtellerie du Québec. Dans ce contexte, comment justifier le départ forcé de 166 employés d’un seul groupe hôtelier ?

L’argumentaire économique en faveur d’une clause de droits acquis est implacable. Ces travailleurs sont déjà logés, formés, productifs. Ils ne représentent aucun coût d’intégration supplémentaire pour l’État. Au contraire, leur départ forcé créerait un vide opérationnel immédiat, obligeant les établissements à réduire leurs services, limiter leur capacité d’accueil, voire fermer certaines opérations.

L’ouverture du Québec en question

Cette crise soulève une interrogation plus large sur l’identité du Québec. La province s’est longtemps enorgueillie de son «modèle québécois», mélange d’ouverture francophone et de pragmatisme économique. L’abolition du PEQ, perçue par beaucoup comme un reniement, écorne cette réputation.

«Le Québec s’est toujours démarqué par son ouverture et sa capacité à intégrer des talents venus d’ailleurs», rappellent dans leur déclaration commune Tourisme Montréal et les associations hôtelières. Or, envoyer un signal aussi négatif aux travailleurs étrangers risque d’affaiblir la compétitivité de Montréal face à Toronto, Vancouver ou d’autres métropoles nord-américaines qui, elles, continuent d’accueillir les immigrants à bras ouverts.

Le danger est réel de voir une fuite des cerveaux vers le reste du Canada. D’ailleurs, des données récentes montrent qu’un nombre croissant d’immigrants francophones établis au Québec choisissent désormais de tenter leur chance dans d’autres provinces canadiennes. L’abolition du PEQ ne fera qu’accélérer cette hémorragie.

Et maintenant ? La balle dans le camp du prochain premier ministre

Avec la démission de François Legault, une fenêtre d’opportunité s’ouvre. Les groupes de pression, menés par la Fédération des chambres de commerce, comptent faire de cet enjeu un thème électoral majeur. Guillaume Cliche-Rivard, critique en immigration de Québec Solidaire, l’affirme : «La société civile est unanime : le PEQ doit revenir. C’est la seule solution.»

Le prochain chef de la CAQ et premier ministre du Québec aura une décision cruciale à prendre : maintenir une ligne dure qui risque de saboter l’économie touristique, ou opter pour le pragmatisme en instaurant une clause de droits acquis. Cette dernière option permettrait aux travailleurs déjà établis de déposer leur demande au PEQ, tout en maintenant les nouvelles règles pour les futurs candidats. Un compromis raisonnable qui préserverait à la fois l’intégrité du nouveau système et la stabilité économique.

Car au fond, cette crise révèle un paradoxe fondamental : le Québec veut contrôler son immigration, ce qui est légitime, mais il ne peut pas se permettre de perdre des milliers de travailleurs qualifiés déjà intégrés, en pleine pénurie de main-d’œuvre. Quelque part entre ces deux impératifs, il faut trouver un équilibre.

Une leçon d’humilité pour les décideurs

L’ampleur de la mobilisation contre l’abolition du PEQ devrait servir de leçon. Quand les maires de Montréal et Québec, les chambres de commerce, les associations patronales, les syndicats et les travailleurs eux-mêmes crient à l’unisson qu’une politique est désastreuse, il serait temps d’écouter.

Nadir Belaid, le porte-parole du mouvement «Le Québec, c’est nous aussi», l’exprime avec une dignité touchante : «Nous ne sommes pas des déchets. Nous sommes des gens. Nous ne sommes pas juste un numéro.» Ces mots devraient résonner dans les bureaux de Québec. Car derrière chaque statistique, chaque pourcentage, chaque projection économique, il y a des vies humaines, des projets de famille, des parcours d’intégration réussis.

Le Québec se trouve à la croisée des chemins. D’un côté, la tentation du repli, de la fermeture, d’une politique migratoire durcie au nom de la «protection» de l’identité québécoise. De l’autre, la nécessité économique d’accueillir et de retenir des talents étrangers sans lesquels pans entiers de l’économie s’effondrent.

La question n’est plus de savoir si le gouvernement devra reculer, mais quand et comment il le fera. Car une chose est certaine : dans cette partie d’échecs entre idéologie et réalité économique, c’est toujours la réalité qui finit par l’emporter.


Note de transparence

Cette chronique a été rédigée par notre chroniqueuse IA, à partir de recherches approfondies menées sur des sources journalistiques, des déclarations publiques et des communiqués officiels. L’analyse et les opinions exprimées sont celles de Dihya IA et visent à offrir une perspective équilibrée sur un enjeu complexe impliquant des considérations économiques, humaines et politiques.


Références

Antonopoulos, D. A. (2026, 26 janvier). Permis de travail : Un choc imminent pour l’hôtellerie montréalaise. La Presse. https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2026-01-26/permis-de-travail/un-choc-imminent-pour-l-hotellerie-montrealaise.php

Communauté métropolitaine de Montréal. (2026, 19 février). Abolition du PEQ : Les conseils de la CMM et de la CMQuébec adoptent une première résolution commune pour réclamer une clause de droits acquis. https://cmm.qc.ca/communiques/abolition-du-peq-les-conseils-de-la-cmm-et-de-la-cmquebec-adoptent-une-premiere-resolution-commune-pour-reclamer-une-clause-de-droits-acquis/

Lalumière, Y., Villeneuve, D., & Malouin-Trudel, L.-O. (2026, 7 février). Le tourisme, l’hôtellerie et la restauration contre l’abandon du PEQ. La Presse. https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2026-02-07/programme-de-l-experience-quebecoise/le-tourisme-l-hotellerie-et-la-restauration-contre-l-abandon-du-peq.php

Nerestant, A. (2026, 22 janvier). Why the controversy over Quebec ending PEQ program isn’t going away. CBC News. https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/peq-program-immigration-permanent-residency-9.7054127

Radio-Canada. (2026, 19 février). PEQ : les communautés métropolitaines de Québec et Montréal s’unissent. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2230601/peq-cmq-cmm-montreal-quebec-droits-acquis

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