Statistique Canada estime à 2 779 774 le nombre de résidents non permanents au pays au 1er juillet 2026, soit 154 614 de moins qu’un an plus tôt, la plus forte baisse annuelle depuis que des données comparables existent (1971-1972). Le recul tient d’abord aux permis d’études, que le droit fédéral contingente depuis 2024. Il épargne en revanche la catégorie que Québec voudrait voir baisser le plus : les demandeurs d’asile, qui représentent désormais plus du tiers des résidents non permanents québécois.
Ce que mesure exactement Statistique Canada
Le communiqué du 23 septembre 2026 contient deux records qu’il faut distinguer. Le premier porte sur la population totale : avec une hausse de 189 425 personnes (+0,5 %), le Canada enregistre sa plus faible croissance annuelle en nombre depuis 1944-1945. Le second porte sur les résidents non permanents : leur baisse de 154 614 en un an est la plus forte depuis 1971-1972, et la première depuis la pandémie. Ils forment désormais 6,7 % de la population, contre un sommet de 7,2 % au 1er octobre 2024.
Une précaution s’impose. Statistique Canada a intégré dans cette diffusion deux nouveaux ajustements méthodologiques : les données d’entrées et de sorties de l’Agence des services frontaliers du Canada, pour repérer les titulaires de permis partis avant l’expiration de leur permis, et une meilleure prise en compte des personnes en statut maintenu pendant le traitement d’une prolongation. Les séries ont été révisées à compter du 1er juillet 2021. Les chiffres de cette année ne se comparent donc pas directement aux estimations publiées auparavant.
La baisse n’est pas uniforme. Les titulaires de permis d’études seulement ont diminué de 140 827 (−26,1 %), et ceux qui détiennent un permis de travail et d’études de 81 163. Les titulaires d’un permis de travail seulement ont au contraire augmenté de 39 569, et le groupe des demandeurs d’asile, personnes protégées et groupes apparentés de 32 824, pour atteindre 530 090. Autrement dit, la contraction vient presque entièrement des étudiants.
Le levier qui a fonctionné : le plafond de permis d’études
Le mécanisme le plus efficace est aussi le plus discret sur le plan juridique. Le plafond d’étudiants étrangers ne repose pas sur une loi adoptée par le Parlement, mais sur des instructions ministérielles prises en vertu de l’article 87.3 de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés. Celles de 2026, publiées dans la Gazette du Canada du 20 décembre 2025, limitent à 309 670 le nombre de demandes de permis d’études acceptées pour traitement du 1er janvier au 31 décembre 2026 parmi celles qui exigent une lettre d’attestation provinciale. Le Québec s’en voit attribuer 93 069.
Selon IRCC, le nombre de titulaires de permis d’études est passé de plus d’un million en janvier 2024 à environ 725 000 en septembre 2025. Le ministère prévoit délivrer au plus 408 000 permis d’études en 2026, dont 155 000 pour de nouveaux arrivants, en baisse de 16 % par rapport à la cible de 2024.
Le Québec dispose de son propre levier. La Loi visant principalement à améliorer l’encadrement relatif aux étudiants étrangers (L.Q. 2024, c. 43), sanctionnée le 6 décembre 2024, permet au gouvernement de suspendre la réception des demandes de certificat d’acceptation du Québec ou d’en plafonner le nombre selon la région, l’ordre d’enseignement, la langue, l’établissement ou le programme. Ottawa fixe l’enveloppe ; Québec la répartit.
Travailleurs temporaires : un resserrement qui n’a pas encore fait baisser le stock
Du côté des travailleurs, les restrictions sont réelles, mais leur effet sur le nombre total reste limité. Depuis le 26 septembre 2024, Emploi et Développement social Canada refuse de traiter les demandes d’évaluation de l’impact sur le marché du travail (EIMT) du volet des bas salaires dans les régions métropolitaines où le chômage atteint 6 % ou plus, plafonne ces travailleurs à 10 % de l’effectif de l’employeur et limite leur emploi à un an, sous réserve d’exemptions sectorielles. Pour la période du 10 juillet au 8 octobre 2026, la région métropolitaine de Montréal, avec un taux de 6,8 %, fait partie des zones visées.
Le Québec y ajoute une mesure qui lui est propre : la suspension de la réception de certaines demandes d’EIMT à bas salaire à Montréal et à Laval, prolongée jusqu’au 31 décembre 2026 par la planification déposée le 6 novembre 2025. Depuis le 21 janvier 2025, les permis de travail ouverts des conjoints d’étudiants et de travailleurs sont aussi réservés à des programmes ou à des emplois précis, et les enfants à charge n’y ont plus droit.
Malgré ces mesures, le nombre de titulaires d’un permis de travail seulement a augmenté au Canada en 2025-2026. Ces restrictions agissent vraisemblablement d’abord sur les nouvelles entrées ; le stock, lui, reflète encore les permis délivrés avant elles et leurs prolongations.
C-12 : un effet encore marginal dans les chiffres, massif devant les tribunaux
La Loi visant à renforcer le système d’immigration et la frontière du Canada, issue du projet de loi C-12, a reçu la sanction royale le 26 mars 2026. Pour toute demande présentée depuis le 3 juin 2025, elle rend irrecevable devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié une demande d’asile faite plus d’un an après la première entrée au Canada suivant le 24 juin 2020, ou plus de 14 jours après une entrée irrégulière entre les postes frontaliers terrestres avec les États-Unis. Les personnes visées conservent l’accès à l’examen des risques avant renvoi.
Dans les données de Statistique Canada, cet effet est encore ténu. Sur l’année, le groupe des demandeurs d’asile, personnes protégées et groupes apparentés a augmenté. Il n’a reculé qu’au deuxième trimestre de 2026 (−7 015), une première depuis janvier 2022. L’effet juridique, lui, est déjà visible ailleurs : selon le juge en chef de la Cour fédérale, Alan Diner, cité par La Presse Canadienne le 29 août, plus de 2 000 demandes contestent la constitutionnalité de la loi.
Un autre facteur fait baisser les chiffres sans que personne ne quitte le pays. Le Plan des niveaux d’immigration 2026-2028 prévoit de faire passer à la résidence permanente environ 115 000 personnes protégées sur deux ans, et jusqu’à 33 000 travailleurs temporaires en 2026 et 2027. Dans les estimations, une personne protégée qui obtient la résidence permanente cesse d’être comptée parmi les résidents non permanents : son départ de la statistique n’est pas un départ du territoire.
| Mécanisme | Fondement | Autorité | Trace dans les données (Canada, 2025-2026) |
|---|---|---|---|
| Plafond de demandes de permis d’études | Instructions ministérielles, art. 87.3 LIPR | Ministre fédérale ; répartition par la province | Permis d’études seulement : −140 827 |
| Plafonds de CAQ pour étudiants | L.Q. 2024, c. 43 | Gouvernement du Québec | Non isolable dans les données |
| Volet bas salaires du PTET (seuil de 6 %, 10 %, un an) | Mesures administratives d’EDSC | Fédéral ; suspension propre au Québec à Montréal et Laval | Permis de travail seulement : +39 569 |
| Irrecevabilité après un an ou 14 jours | Loi issue de C-12 (sanction : 26 mars 2026) | Parlement ; application par IRCC et l’ASFC | Asile et groupes apparentés : +32 824 sur l’année, −7 015 au 2e trimestre |
| Passage à la résidence permanente | Plan des niveaux 2026-2028 | IRCC | Baisse statistique sans départ |
Ce que le recul donne au Québec
Les données trimestrielles de Statistique Canada (tableau 17-10-0121-01) permettent de mesurer l’écart. Le Québec comptait 531 821 résidents non permanents au 1er juillet 2026, contre 553 615 un an plus tôt : une baisse de 21 794 (−3,9 %), moins prononcée que la moyenne canadienne (−5,3 %). Il accueille 19 % des résidents non permanents du pays, mais n’a contribué qu’à environ 14 % de la baisse nationale. Ces résidents représentent 5,9 % de sa population.
La composition explique cet écart. Au Québec, les étudiants ont reculé comme ailleurs : −6 443 pour les permis d’études seulement et −11 026 pour les permis de travail et d’études. Mais le groupe des demandeurs d’asile, personnes protégées et groupes apparentés y a augmenté de 2 118, pour atteindre 190 727 personnes. Ce groupe forme 36 % des résidents non permanents québécois, et le Québec en accueille 36 % du total canadien. Contrairement à la tendance nationale, le Québec a même vu son nombre de résidents non permanents remonter au deuxième trimestre de 2026 (+4 620), sous l’effet des permis de travail seulement.
Le gouvernement du Québec avait fixé l’objectif le 6 novembre 2025, dans sa planification 2026-2029 : ramener à 200 000 le nombre de résidents non permanents sur son territoire, surtout à Montréal et à Laval, dans les programmes de compétence fédérale exclusive, y compris en réduisant les arrivées de demandeurs d’asile. Le groupe de l’asile, à lui seul, compte presque autant de personnes que cette cible. Or c’est précisément sur ce groupe que Québec n’a aucun levier : la sélection des étudiants et des travailleurs du Programme des travailleurs étrangers temporaires passe par son certificat d’acceptation, pas l’asile, ni les permis ouverts du Programme de mobilité internationale.
La question reviendra après les élections générales québécoises du 5 octobre 2026, dans les discussions avec Ottawa. Le gouvernement fédéral vise pour sa part moins de 5 % de résidents temporaires dans la population d’ici la fin de 2027 ; le pays en est à 6,7 %.
Un recul ciblé
Le chiffre de Statistique Canada décrit moins un reflux général qu’une sélection. Les mesures qui contingentent une porte d’entrée administrée, celle des études, ont produit l’essentiel de la baisse. Celles qui touchent un droit, celui de demander l’asile, n’agissent qu’à la marge et se déplacent déjà vers la Cour fédérale. Pour le Québec, où l’asile pèse le plus, c’est cette seconde catégorie qui décidera si la cible de 200 000 relève de la politique ou de l’incantation.
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Références
- Statistique Canada. (2026, 23 septembre). Estimations de la population du Canada : âge et genre, 2026. Le Quotidien. https://www150.statcan.gc.ca
- Statistique Canada. (2026). Tableau 17-10-0121-01 : Estimations du nombre de résidents non permanents par type, trimestrielles. https://www150.statcan.gc.ca
- Statistique Canada. (2026). Tableau 17-10-0009-01 : Estimations de la population, trimestrielles. https://www150.statcan.gc.ca
- Ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration. (2025, 20 décembre). Instructions ministérielles relatives au traitement de certaines demandes de permis d’études. Gazette du Canada, Partie I, 159(51). https://gazette.gc.ca
- Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. (2025, 25 novembre). Attributions provinciales et territoriales de 2026 en vertu du plafond d’étudiants étrangers. https://www.canada.ca
- Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. (2025). Supplementary information for the 2026-2028 Immigration Levels Plan. https://www.canada.ca
- Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. (2026, mars). New immigration and asylum measures from Bill C-12 have become law [document d’information]. https://www.canada.ca
- Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. (2025, 14 janvier). Changements apportés aux permis de travail ouverts pour les membres de la famille des résidents temporaires. https://www.canada.ca
- Emploi et Développement social Canada. (2024, 26 août). Minister Boissonnault reducing the number of temporary foreign workers in Canada [communiqué]. https://www.canada.ca
- Emploi et Développement social Canada. (2026). Refusal to process Labour Market Impact Assessment applications. https://www.canada.ca
- Gouvernement du Québec. (2025, 6 novembre). Planification pluriannuelle et plan d’immigration 2026 : Québec baisse ses seuils d’immigration. https://www.quebec.ca
- Loi visant principalement à améliorer l’encadrement relatif aux étudiants étrangers, L.Q. 2024, c. 43. Publications du Québec. https://www.publicationsduquebec.gouv.qc.ca
- La Presse Canadienne. (2026, 29 août). Federal Court staff work weekends, on vacation to keep up with cases: chief justice. CP24. https://www.cp24.com






