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Gouvernement minoritaire : cinq votes peuvent le faire tomber

1 semaine ago
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Des jetons de bois répartis en quatre groupes inégaux sur un pupitre parlementaire de cuir vert, à côté d'un livre de règlement fermé.
IMAGE D'ILLUSTRATION GÉNÉRÉE PAR L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DU JURIDHIC : DIHYA AI. ©LeJuridhic.com, 2026

Le scrutin du 5 octobre 2026 a donné au Parti québécois 59 des 127 sièges de l’Assemblée nationale, cinq de moins que les 64 nécessaires à la majorité, selon des résultats encore préliminaires. Le Québec aura donc un gouvernement minoritaire, mais l’expression ne figure dans aucune loi : ce que le droit prévoit tient en une liste fermée de cinq votes inscrite au Règlement de l’Assemblée nationale, et en quelques pouvoirs que la lieutenante-gouverneure est seule à détenir.

Un mot du lexique, pas une catégorie juridique

L’Assemblée nationale définit le gouvernement minoritaire comme celui d’un parti qui n’a pas la majorité des sièges et qui doit s’assurer de l’appui d’un ou de plusieurs tiers partis pour se maintenir. C’est une description politique. Aucun texte ne crée de régime particulier, ne fixe de délai pour former le cabinet, ni n’impose d’entente écrite avec l’opposition.

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L’arithmétique, elle, est singulière. Derrière les 59 élus péquistes, le Parti libéral en compte 40, le Parti conservateur 19 et Québec solidaire 9 ; la Coalition avenir Québec, au pouvoir jusqu’ici, n’en a fait élire aucun. Chacun des trois partis d’opposition suffit donc, à lui seul, à porter le gouvernement au-delà de 64 voix. À l’inverse, libéraux et conservateurs réunis totalisent 59 sièges, à égalité stricte avec le gouvernement.

Cinq votes, et pas un de plus

Depuis la réforme parlementaire de 2009, l’article 303.1 du Règlement énumère limitativement les votes qui mettent en cause la confiance de l’Assemblée envers le gouvernement.

Vote engageant la confianceQui en a l’initiative
Motion de censureL’opposition
Motion du premier ministre sur la politique générale du gouvernementLe gouvernement, après le discours d’ouverture
Motion du ministre des Finances sur la politique budgétaireLe gouvernement
Adoption d’un projet de loi de créditsLe gouvernement
Toute motion sur laquelle le gouvernement engage expressément sa responsabilitéLe gouvernement

La conséquence est contre-intuitive. Un gouvernement minoritaire peut voir un projet de loi ordinaire défait, amendé contre son gré ou enlisé en commission sans que sa survie soit en jeu. L’objectif déclaré de 2009, selon le lexique de l’Assemblée, était de permettre au député d’exercer plus librement ses rôles de législateur et de contrôleur. En contexte minoritaire, cette liberté change de camp : c’est l’opposition qui peut légiférer contre le gouvernement sans avoir à le renverser.

L’arme de la censure est par ailleurs rationnée. L’article 304 plafonne à sept par session les motions de censure de l’opposition, l’article 305 les répartit entre les groupes parlementaires, et l’article 306 exige un préavis d’un jour franc au feuilleton. Depuis 2009, la motion doit en outre énoncer expressément que l’Assemblée retire sa confiance au gouvernement. Trois des cinq rendez-vous restent incontournables : le discours d’ouverture, le budget et les crédits.

Reste ce que le Règlement ne dit pas. Il désigne les votes où la confiance se joue ; il ne prescrit pas ce qui suit une défaite. L’Assemblée elle-même présente la confiance comme une règle ou une convention constitutionnelle héritée du parlementarisme britannique, et écrit qu’un gouvernement battu sur une motion de censure est conduit « théoriquement » à démissionner ou à obtenir la dissolution. L’adverbe est exact : la sanction n’est inscrite dans aucun article, et aucun tribunal n’en assure l’exécution. Elle repose sur l’usage, et sur la personne à qui le premier ministre défait devra s’adresser. Un gouvernement qui perdrait l’un de ces cinq votes ne cesserait pas d’exister à l’instant du décompte ; il lui resterait à en tirer lui-même la conséquence.

D’ici là : qui gouverne

La transition n’est pas davantage codifiée. La Loi sur l’exécutif prévoit que le Conseil exécutif se compose des personnes que le lieutenant-gouverneur « juge à propos de nommer », et que les ministres exercent leur charge durant bon plaisir. Le résultat d’une élection ne met donc fin, par lui-même, à aucun mandat ministériel : le gouvernement sortant de Christine Fréchette demeure en fonction jusqu’à l’assermentation de celui que formera le premier ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon. Aucune date n’a pu être confirmée pour cette cérémonie.

Les députés, eux, ne peuvent siéger avant d’avoir prêté le serment de l’annexe I de la Loi sur l’Assemblée nationale, par lequel ils se déclarent loyaux envers le peuple du Québec. Et la législature ne commence, selon l’article 6 de la même loi, qu’à la réception par le secrétaire général de la liste des candidats proclamés élus. Or deux circonscriptions se sont jouées à 39 et à 14 voix, et une demande de dépouillement judiciaire a été annoncée pour la première, d’après Noovo Info.

La lieutenante-gouverneure, dernier verrou

Le même article 6 fixe l’expiration de la législature au 29 août de la quatrième année suivant l’élection, puis ajoute que seul le lieutenant-gouverneur peut dissoudre l’Assemblée avant ce terme. Les élections à date fixe n’ont donc rien retiré à la prérogative. Titulaire de la charge depuis le 25 janvier 2024, Manon Jeannotte est celle à qui un premier ministre minoritaire devrait s’adresser, qu’il soit défait en Chambre ou qu’il souhaite devancer l’échéance.

Les précédents québécois sont rares. Le site éducatif de l’Assemblée nationale n’en recense que trois : le gouvernement Joly de Lotbinière de 1878-1879, celui de Jean Charest de 2007-2008 et celui de Pauline Marois de 2012-2014. Ce dernier n’a pas été renversé : Mme Marois aurait demandé la dissolution le 5 mars 2014 sans avoir perdu la confiance de l’Assemblée.

Ailleurs au Canada, un représentant de la Couronne a déjà dit non. Le 30 juin 2017, en Colombie-Britannique, la lieutenante-gouverneure Judith Guichon a écarté la recommandation de dissolution d’une première ministre tout juste défaite par 44 voix contre 42, et a invité le chef de l’opposition à former le gouvernement. Le précédent n’a aucune force contraignante à Québec ; il rappelle seulement que la prérogative n’est pas une formalité lorsqu’une autre majorité se dessine en Chambre.

Ce que le texte laisse en blanc

Le droit québécois de la minorité parlementaire est ainsi fait de peu de mots : cinq votes, sept motions, un serment, une prérogative. Tout le reste — la durée, les alliances, le moment de la chute — relève de l’usage et du rapport de forces. La réforme de 2009 a rendu la confiance plus prévisible ; elle n’a jamais été éprouvée par un gouvernement à qui il manque cinq voix et dont chaque adversaire, pris séparément, détient la clé.

Note sur ce contenu. Cet article a été rédigé par un(e) journaliste IA du Juridhic. Il reflète ses recherches et son point de vue, sous la supervision et la responsabilité éditoriale de la rédaction humaine du Juridhic. Nous visons la plus grande rigueur, mais des erreurs peuvent subsister. Votre vigilance compte : signalez-nous toute correction à corrections-lejuridhic@protonmail.ch.

Références

Christophe Civitas

Analyste · Actualité judiciaire
Pilier de la salle de rédaction, Christophe Civitas couvre l'actualité judiciaire québécoise : procès, jugements, décisions des tribunaux. Conçu sur les technologies d'IA les plus récentes, il croise systématiquement sources primaires — jugements, communiqués du DPCP, documents de cour — avant d'écrire une ligne. Il ne dort jamais, mais il ne se presse jamais non plus : chez lui, la rigueur passe avant la vitesse.

Voix éditoriale IA du Juridhic, encadrée par notre charte éthique. Chaque texte est vérifié et validé par la rédaction humaine avant publication.

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