À Toronto, le procès du milliardaire Frank Stronach connaît un tournant inattendu alors que la quatrième plaignante, une femme de 63 ans, a admis vendredi avoir menti sous serment. Cette révélation intervient au cœur d’un contre-interrogatoire musclé où l’avocate de la défense, Leora Shemesh, remet en question la fiabilité des souvenirs de la plaignante concernant un viol présumé survenu en 1983. Ce cas, qui soulève la question épineuse de la distinction entre regret et absence de consentement, illustre les défis complexes auxquels font face les tribunaux canadiens dans les affaires d’agressions sexuelles historiques.
L’aveu qui change tout
Avant même que ne reprenne le contre-interrogatoire vendredi matin, la plaignante a demandé la permission de s’adresser directement à la juge Anne Molloy de la Cour supérieure de l’Ontario. « Je l’avais bien lu et la Couronne était au courant », a-t-elle déclaré, en référence à un article du Globe and Mail de juin 2024 qu’elle avait nié avoir consulté la veille lors de son témoignage.
L’article en question, rédigé par Jane Boon — qui poursuit Stronach au civil pour plus de 4 millions de dollars mais n’est pas plaignante au criminel — détaillait des allégations d’agression sexuelle contre le fondateur de Magna International. La plaignante a admis avoir discuté « longuement » de cet article avec la procureure de la Couronne, Jelena Vlacic, avant son témoignage.
« Vous nous avez présenté des excuses pour votre malhonnêteté ? » a lancé Me Shemesh en reprenant le contre-interrogatoire. La femme a acquiescé, reconnaissant avoir attendu d’être « prise en flagrant délit » par la défense pour avouer son mensonge.
La juge Molloy n’a pas tardé à réagir, adressant des reproches cinglants à la procureure de la Couronne : « Vous saviez qu’elle ne disait pas la vérité et vous n’avez rien fait. Vous devez réfléchir à cela. Ce n’est pas ce que j’attends de la Couronne lorsqu’un témoin ment manifestement et que vous ne prenez aucune mesure pour corriger la situation. »
Regret ou absence de consentement : le cœur du débat
Au-delà de cet incident, le contre-interrogatoire a porté sur une question juridique fondamentale : la plaignante regrette-t-elle simplement ce qui s’est passé, ou a-t-elle véritablement été victime d’une agression sexuelle ?
Selon le témoignage de la femme, elle avait 20 ans lorsqu’elle a travaillé comme commis de bureau chez Magna International durant l’été 1983, un emploi obtenu grâce aux liens de son père avec Stronach. Vers la fin de l’été, le milliardaire l’a invitée à dîner dans un restaurant, puis à admirer la vue depuis son appartement en front de mer à Harbourfront.
« Je me sentais très mal à l’aise face à cette invitation, mais je pensais que je devais y aller puisqu’il m’avait offert un dîner et un emploi », a-t-elle expliqué. Une fois dans l’appartement, alors qu’elle regardait par la fenêtre, Stronach se serait approché par derrière, l’aurait enlacée et aurait commencé à lui caresser les seins.
La plaignante affirme ensuite s’être retrouvée allongée à plat ventre sur un lit dans la chambre, où Stronach l’aurait pénétrée. « C’était dégradant », a-t-elle déclaré. Cependant, elle a admis ne se souvenir ni de comment elle est arrivée dans la chambre, ni de comment ses vêtements ont été retirés — des lacunes qu’elle attribue à la douleur psychologique de s’être laissée faire « comme un agneau conduit à l’abattoir ».
| Aspect | Version de la plaignante | Argument de la défense |
| Mémoire des événements | Trous de mémoire dus au traumatisme et à la consommation d’alcool | Mensonge pour dissimuler le regret d’un acte sexuel consenti |
| Réaction pendant l’incident | Paralysie psychologique, incapacité à se défendre | Acquiescement passif à une relation sexuelle volontaire |
| Communication du non-consentement | Absence de résistance verbale ou physique par peur | Aucune indication donnée à Stronach de son refus |
| Évolution du récit | Clarification progressive des souvenirs traumatiques | Modification du témoignage influencée par la Couronne |
Tableau 1. Comparaison des interprétations concurrentes du témoignage de la quatrième plaignante.
La stratégie agressive de la défense
Me Leora Shemesh, avocate réputée pour son style combatif, n’a pas épargné la plaignante. « Je vais vous suggérer que vous savez parfaitement comment les choses se sont passées, mais que vous êtes gênée d’admettre que vous avez des regrets. C’est vraiment ça votre histoire », a-t-elle affirmé.
L’avocate a souligné plusieurs points troublants dans le témoignage :
- L’absence de résistance : La femme a reconnu n’avoir jamais dit à Stronach qu’elle n’était pas intéressée, n’avoir jamais demandé ce qu’il faisait, et n’avoir jamais reculé ou tenté de s’éloigner.
- L’évolution du récit : Dans sa déposition à la police en juin 2024, la plaignante utilisait des expressions hésitantes comme « J’aurais pu avoir » ou « Je suppose que c’est ce que j’ai fait ». Lors des rencontres préparatoires avec la Couronne en janvier 2026, son récit est devenu plus catégorique.
- L’acquiescement passif : La femme a admis avoir déclaré à la police qu’elle avait « probablement simplement accepté ce qui se passait », ce qu’elle a nuancé en précisant : « Accepté au sens d’acquiescé, pas accepté au sens de “génial, allons-y” ».
« Vous étiez paralysée psychologiquement et incapable de comprendre ce qui se passait », a répondu la plaignante, expliquant que cette paralysie l’a empêchée de se défendre. « C’est le regret — ne pas avoir combattu ou frappé à la tête ou crié ou fait quelque chose. »
La Couronne remise en question
L’incident du mensonge a également mis en lumière les pratiques de la Couronne dans la préparation des témoignages. Me Shemesh soutient que les plaignantes ont été « entraînées » lors des rencontres préparatoires, une allégation qui constitue le fondement de sa demande d’arrêt des procédures pour abus de procédure.
La plaignante a confirmé que la Couronne lui avait suggéré d’être « plus claire » dans ses déclarations, sans pour autant corriger des « hésitations ». « Non, je n’ai pas corrigé des hésitations lors de ma récente rencontre avec la Couronne, mais elles m’ont bien dit d’être plus claire dans mes déclarations », a-t-elle précisé.
Le procès a d’ailleurs connu deux pauses imprévues jeudi après que la femme ait fait référence à plusieurs reprises à ses réunions préparatoires avec la Couronne. Me Shemesh avait alors averti : « Houston, nous avons un problème », craignant que la procureure Vlacic ne devienne elle-même un témoin dans l’affaire.
La juge Molloy, visiblement exaspérée, a rappelé qu’elle avait demandé à la Couronne de prévoir un substitut justement pour éviter ce type de conflit. « Ce n’est pas comme si cela sortait de nulle part », a-t-elle déclaré.
Après la pause du midi, Mme Vlacic, au bord des larmes, a présenté des excuses publiques à la cour : « Lorsque la cour a soulevé cela, je dois dire que cela m’a ébranlée parce que j’ai compris la préoccupation de la cour, et j’ai vu la perspective de la cour. »
Un procès complexe aux enjeux multiples
Frank Stronach, âgé de 93 ans, fait face à 12 accusations liées à sept plaignantes pour des faits qui remonteraient jusqu’à 1977. Deux de ces accusations, viol et tentative de viol, sont considérées comme historiques, ces infractions ayant été abolies lorsque le Code criminel a été modifié en 1983 pour créer l’infraction d’agression sexuelle.
Le fondateur de l’empire automobile Magna International a plaidé non coupable à toutes les accusations et nie catégoriquement les allégations. Il devra également faire face à un second procès à Newmarket, en Ontario, plus tard cette année, l’affaire ayant été scindée en deux procédures distinctes.
| Plaignante | Période présumée | Nature des accusations | Statut du témoignage |
| Plaignante #1 | 1970s-1980s | Viol, agression sexuelle | Témoignage complété |
| Plaignante #2 | 1980s | Agression sexuelle, tentative de viol | Témoignage complété |
| Plaignante #3 | 1990s-2000s | Agression sexuelle | Témoignage complété |
| Plaignante #4 | 1983 | Viol (accusation historique) | Contre-interrogatoire complété |
| Plaignantes #5-7 | Diverses périodes | À déterminer | En attente de témoignage |
Tableau 2. Chronologie et statut des témoignages des sept plaignantes dans le procès de Frank Stronach.
Les enjeux juridiques et sociaux
Ce procès soulève des questions fondamentales sur la nature du consentement et la crédibilité des témoignages dans les affaires d’agressions sexuelles historiques. Comment les tribunaux doivent-ils évaluer des souvenirs vieux de plus de 40 ans ? Quelle différence entre le regret d’un acte consenti et l’absence réelle de consentement ?
« Il existe deux catégories de mémoire : celle qui se rapporte à des souvenirs passés et anciens, et l’autre, à des souvenirs très douloureux que l’esprit finit par refouler », a expliqué la plaignante lors de son témoignage, tentant de justifier ses lacunes mémorielles.
Pour la défense, ces lacunes sont au contraire la preuve que la femme construit un récit qui lui permet de ne pas assumer sa participation à une relation sexuelle qu’elle regrette aujourd’hui. « La Couronne ne lui a jamais demandé si elle avait consenti », a souligné Me Shemesh lors des débats juridiques en l’absence de la plaignante.
La procureure Vlacic a rétorqué que les témoignages de la femme, qui a décrit être « horrifiée », « pétrifiée » et « traumatisée », constituent « une preuve accablante de son état d’esprit subjectif, de son non-consentement ».
Qu’attend-on pour la suite ?
La cinquième plaignante devrait être appelée à la barre lundi matin. Les trois plaignantes restantes témoigneront dans les semaines à venir, suivies par la décision de la juge Molloy sur la demande d’arrêt des procédures de Me Shemesh.
Si cette demande est rejetée, le procès se poursuivra avec la présentation de la preuve de la défense, qui pourrait inclure le témoignage de Stronach lui-même. L’issue de ce procès historique pourrait avoir des répercussions importantes sur la façon dont les tribunaux canadiens gèrent les affaires d’agressions sexuelles impliquant des lacunes mémorielles et des accusations datant de plusieurs décennies.
Pour la quatrième plaignante, qui a dû affronter un contre-interrogatoire éprouvant et admettre publiquement avoir menti sous serment, le chemin vers la justice reste semé d’embûches. « Lorsque vous vous retrouvez seule très haut dans un appartement en compagnie d’un homme, vous avez le choix de vous défendre, mais vous ne savez jamais quelle sera sa réaction », a-t-elle conclu, résumant le dilemme auquel font face de nombreuses victimes présumées d’agressions sexuelles.
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Références
[1] Loriggio, P. (2026, 20 février). La plaignante a des remords qui expliquent ses omissions, dit l’avocate de l’accusé. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2026-02-20/proces-de-frank-stronach/la-plaignante-a-des-remords-qui-expliquent-ses-omissions-dit-l-avocate-de-l-accuse.php
[2] CBC News. (2026, 20 février). Stronach’s lawyer accuses complainant of lying about memory lapses in sex assault trial. CBC. https://www.cbc.ca/news/canada/toronto/frank-stronach-sexual-assault-trial-9.7098877
[3] Radio-Canada. (2026, 21 février). Procès de Frank Stronach : « J’ai menti ». Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2231181/stronach-frank-agressions-sexuelles-proces
[4] CBC News. (2026, 19 février). ‘Like lamb to a slaughter’: Woman tells court details of alleged sexual assault by Frank Stronach. CBC. https://www.cbc.ca/news/canada/toronto/frank-stronach-sexual-assault-trial-9.7097080