Par une voix indépendante | 27 février 2026
Il était 14 h 58, un dimanche de septembre ensoleillé à Saint-Hubert. Dix secondes. C’est tout ce qu’il a fallu à un agent du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) pour faire de Nooran Rezayi, quinze ans, fils d’une famille réfugiée d’Afghanistan, une nouvelle entrée dans la longue et douloureuse comptabilité des bavures policières québécoises. Dix secondes pour tirer. Cinq minutes, selon les images des caméras de sécurité, avant que les premières manœuvres de réanimation ne débutent sur le corps ensanglanté de l’adolescent. La police avait été plus rapide à tuer qu’à secourir.
Cinq mois plus tard, le 26 février 2026, le SPVM déferlait en fanfare sur neuf résidences réparties dans cinq municipalités de la Rive-Sud — Beloeil, Brossard, Candiac, Longueuil et Saint-Philippe — armé de mandats de perquisition ciblant majoritairement des mineurs, les amis et camarades du défunt. La mise en scène est saisissante : pendant que l’enquêteur du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) se penche sur les agissements d’un policier adulte, armé, en uniforme et en service, une section des Crimes majeurs du SPVM — la «crème de la crème», celle qui traque meurtriers et kidnappeurs — se déploie pour fouiller les chambres d’adolescents. Il faut le dire tout net : il y a quelque chose de profondément obscène dans cette symétrie inversée.
L’enquête parallèle, ou l’art institutionnel de détourner le regard
Comprenons-nous bien. Il n’est pas question ici de nier que le groupe de jeunes présents ce 21 septembre 2025 avait peut-être des intentions troubles. Les appels au 911 signalaient des cagoulés munis de bâtons de baseball et, selon au moins une résidente, d’une arme à feu. L’État a le droit, voire le devoir, de faire la lumière sur l’ensemble des circonstances d’un drame. Mais l’ordre des priorités, lui, parle fort.
Depuis la création du BEI en 2016, ses statistiques officielles sont éloquentes et déprimantes. Sur 481 dossiers traités depuis son inauguration, 85,86 % ont été fermés par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) sans qu’aucune accusation ne soit portée contre un policier. Seulement trois dossiers — trois — ont abouti à des procédures judiciaires. Pendant ce temps, 54 Québécois ont perdu la vie lors d’interventions policières impliquant des armes à feu, selon ces mêmes données. Le SPAL, corps policier directement impliqué dans la mort de Nooran, figure déjà dans 20 dossiers du BEI depuis 2016. La Sûreté du Québec en cumule 189. Le SPVM, 94. Ces chiffres ne sont pas des abstractions : ce sont des vies.
Ce tableau statistique ne peut être dissocié du contexte historique. Le Québec a une mémoire courte, ou feint de l’avoir. On y a déjà pleuré Anas Bennis, vingt-cinq ans, abattu en décembre 2005 par un policier du SPVM à Côte-des-Neiges — aucune accusation n’a jamais été portée. On y a déjà pleuré Fredy Villanueva, dix-huit ans, tué dans Montréal-Nord en 2008 par un agent du même corps de police — le policier Jean-Loup Lapointe n’a jamais été poursuivi au criminel. On y a pleuré Alain Magloire en 2014, Pierre Coriolan en 2017, Jean René Junior Olivier en 2021. On pleure Nooran Rezayi en 2025. La liste s’allonge. La culture institutionnelle, elle, ne change pas.
«La mort de Nooran Rezayi survient dans un contexte qui cristallise des questions plus larges sur les protocoles d’intervention policière face aux jeunes», notait sobrement l’article de référence qui a motivé cette chronique. Sobre, effectivement. Trop sobre, peut-être. Parce que ce dont il s’agit, fondamentalement, ce n’est pas d’un manque de «protocoles». C’est d’une culture de force létale d’emblée, d’une formation déficiente en désescalade, et d’un système de surveillance qui ressemble davantage à un bouclier institutionnel qu’à un véritable outil de transparence.
Dix secondes : une séquence qui accuse
Le chroniqueur Alexandre Dumas, historien de formation, écrivait dès le 24 septembre 2025 que Nooran n’avait «ni menacé ni embêté quiconque» et que la séquence entre l’arrivée policière et les tirs ne durait que 58 secondes. Les témoins oculaires et les camarades de l’adolescent, rencontrés par Radio-Canada, ont rapporté qu’il avait mis la main dans son sac à dos — possiblement pour démontrer aux agents qu’il ne portait pas d’arme. Ce geste, ce geste de bonne foi ou de panique adolescente, lui a coûté la vie. Le BEI a par la suite confirmé qu’aucune arme à feu n’avait été retrouvée en sa possession ni nulle part sur les lieux, à l’exception de celle du policier qui avait fait feu.
L’ex-sergent Stéphane Wall, du SPVM — lui-même ancien tireur d’une bavure mortelle — a osé expliquer à Radio-Canada que le policier avait «appuyé sur la gâchette parce qu’il ne voyait pas les mains» de l’adolescent. Que doit-on comprendre de cette explication ? Que ne pas avoir les mains visibles en permanence lors de l’arrivée d’une auto-patrouille est une infraction passible de la peine capitale ? Que l’imprévisibilité normale d’un adolescent terrorisé constitue une «menace mortelle imminente» justifiant deux balles ? Ces rationalisations post-mortem ne constituent pas une défense : elles constituent un aveu.
La mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, n’est pas de celles qui se taisent commodément. En décembre 2025, elle réclamait une enquête administrative sur le SPAL et son directeur, Patrick Bélanger, l’accusant d’avoir communiqué des informations «erronées» au BEI dans une lettre décrivant les actions de ses policiers. Ce n’est pas rien. Quand la première magistrate d’une ville accuse publiquement le chef de son service de police d’avoir induit l’organisme de surveillance en erreur, on est face à quelque chose qui dépasse la simple gestion de crise : on est dans la zone de l’obstruction institutionnelle.
Le délai de 90 minutes entre la mort de l’adolescent et la notification du BEI — pendant lequel le SPAL avait déjà ouvert sa propre enquête interne — est un autre signal d’alarme que peu d’éditorialistes ont eu le courage de nommer franchement. Lorsque le corps policier mis en cause a le temps de rédiger sa propre version des événements avant que l’organisme censé enquêter de façon indépendante ne soit avisé, le principe même de l’enquête indépendante est compromis dès le départ. Ce n’est pas une opinion : c’est une logique élémentaire.
Le BEI, organisme indépendant? Vraiment?
La directrice du BEI, Brigitte Bishop, a tenu une conférence de presse deux jours après la mort de Nooran — une première depuis que l’organisme est devenu opérationnel en 2016. Elle a promis «indépendance», «priorité à la famille» et «enjeux de confidentialité». La famille a finalement été informée du décès de son fils non pas en personne, mais par téléphone, cinq heures après que sa mort eut été constatée à l’hôpital Charles-Lemoyne. «Priorité», mon œil.
La revue indépendante Pivot a relevé dès septembre 2025 que le BEI avait demandé au SPVM — à ce même SPVM qui mène l’enquête parallèle sur les amis de Nooran — des «services de soutien» techniques. L’organisme qualifié d’indépendant sous-traite donc des pans de son travail au corps policier avec lequel il est censé maintenir une distance critique. C’est un peu comme demander à un accusé de procès de fournir les pièces à conviction à la Couronne.
Plus troublant encore : selon des témoignages devant les tribunaux révélés par Pivot, la coordinatrice du BEI, Mélissa Amélie Plourde, a elle-même expliqué que les enquêteurs parallèles et le BEI s’échangent mutuellement copie de leurs documents. Concrètement, cela signifie que les déclarations données par des adolescents au BEI à titre de témoins — dans la croyance qu’ils participaient à une démarche de clarification — pourraient être utilisées contre eux par le SPVM dans l’enquête criminelle parallèle. Le BEI, interrogé à ce sujet, a répondu être «dans l’impossibilité de répondre». La transparence, version institutionnelle québécoise.
La guerre du récit : criminaliser les vivants pour absoudre les morts
La mort d’un adolescent de quinze ans, afghan, sans arme, abattu en dix secondes dans un quartier résidentiel un dimanche après-midi — voilà une image difficile à défendre pour les apologistes habituels de la violence policière. Alors on retourne le récit. On «dangerosise» les adolescents présents. On diffuse les enregistrements des appels au 911. On publie des photos du groupe avant l’intervention. On déploie les Crimes majeurs pour perquisitionner leurs chambres. On protège publiquement le policier tireur sous prétexte de menaces en ligne. On spécule sur des «débordements possibles» lors de la marche de deuil — laquelle se déroulera dans un silence respectueux.
Ce n’est pas de la gestion de crise. C’est une stratégie narrative. L’objectif implicite est de déplacer le regard du public de la question centrale — un policier a-t-il utilisé une force létale disproportionnée contre un adolescent non armé en moins d’une minute? — vers la question subsidiaire : qu’est-ce que ces jeunes faisaient là? Dans toute affaire pénale, la pertinence des deux questions est légitime. Mais l’ordre de priorité, lui, révèle les loyautés profondes d’un système.
À cela s’ajoute une dimension que trop peu de médias grand public ont été prêts à nommer sans détour : le profil racialisé des victimes dans l’histoire récente des bavures policières québécoises. Anas Bennis était Marocain. Fredy Villanueva était Latino. Nooran Rezayi est Afghan. Ce n’est pas une coïncidence statistique. C’est le reflet d’un biais systémique documenté, que la Commission des droits de la personne du Québec et plusieurs chercheurs universitaires ont étudié, et auquel l’institution policière québécoise répond généralement par le silence ou la dénégation.
La famille, la poursuite, et le long chemin de justice
La famille de Nooran Rezayi n’a pas baissé les bras. En décembre 2025, elle déposait une poursuite civile de 2,2 millions de dollars contre la Ville de Longueuil et les agents impliqués, dénonçant «un usage déraisonnable et disproportionné de la force». La mère de Nooran, Fahima Rezayi, a demandé des explications. Elle veut comprendre pourquoi son fils, arrivé au Canada dans l’espoir d’une vie meilleure après avoir fui l’Afghanistan des talibans, a trouvé la mort sous les balles d’un représentant de l’État canadien supposé le protéger. C’est une question simple. Elle mérite une réponse honnête.
Le ministre Ian Lafrenière a promis de «faire la lumière» en décembre 2025, sans fixer d’échéancier. En politique, les promesses sans date de livraison sont des promesses conçues pour être oubliées. L’enquête du BEI est toujours en cours. L’enquête parallèle du SPVM, à en croire l’inspecteur-chef David Shane, pourrait prendre «encore plusieurs mois». Et le policier qui a tiré court toujours — en congé de maladie à durée indéterminée, aux frais des contribuables.
Ce que le Québec doit choisir
Il n’est pas question de condamner ici l’entièreté de la profession policière. Le travail des agents de paix est difficile, dangereux et souvent mal reconnu. Mais précisément parce qu’il est difficile, précisément parce qu’il confère le pouvoir de priver quelqu’un de sa liberté ou de sa vie, il exige des standards de formation, de contrôle et d’imputabilité qui ne tolèrent aucun compromis.
Le coroner Luc Malouin réclamait dès 2021 une formation obligatoire annuelle sur la santé mentale, la désescalade et la communication pour tous les corps policiers du Québec. Les recommandations de ses collègues s’accumulent depuis les morts de Magloire, Coriolan, Bouffard, Olivier. Elles dorment dans des tiroirs. Pendant ce temps, une enquête du Devoir publiée en 2021 documentait 81 Québécois tués par des policiers en vingt ans, dont 70 % présentaient des problèmes de santé mentale connus. Et le cycle recommence.
«Vraisemblablement la plus jeune victime de bavure policière de l’histoire récente du Québec», écrivait la revue Pivot de Nooran Rezayi. Quinze ans. Un enfant. Un enfant dont le père, Sharif Rezayi, s’est effondré sur les lieux du drame en criant «Oh my God, they killed my son». Un père qui avait fui la terreur pour offrir la sécurité à sa famille.
Les neuf perquisitions du 26 février 2026 sont peut-être légalement défendables. Peut-être que l’enquête parallèle du SPVM mènera à des accusations légitimes. Peut-être. Mais dans l’ordre moral des urgences, une seule question devrait dominer l’espace public : pourquoi un adolescent non armé est-il mort dix secondes après l’arrivée de la police ? Et qui en répondra, vraiment ?
L’histoire des bavures policières québécoises répond déjà à cette question. Avec une constance navrante, elle dit : personne.
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Sources
Bureau des enquêtes indépendantes (BEI). (s.d.). Statistiques. Gouvernement du Québec. https://www.bei.gouv.qc.ca/enquetes/statistiques
Dumas, A. (2025, 24 septembre). Parlons de Nooran Rezayi, cet adolescent tué par un policier de Longueuil [Publication Facebook]. https://www.facebook.com/Alexandre.Dumas.Historien/posts/1094268196189460/
La Converse. (2025, 26 septembre). Justice pour Nooran : «Ils ont tué un enfant sans arme et innocent». https://www.laconverse.com/articles/justice-pour-nooran-ils-ont-tue-un-enfant-sans-arme-et-innocent
La Converse. (2025, 1er décembre). Deux mois après la mort de Nooran, ses amis se demandent encore comment tenir debout. https://www.laconverse.com/articles/deux-mois-apres-la-mort-de-nooran-ses-amis-se-demandent-encore-comment-tenir-debout
Le Devoir. (2021, 22 novembre). 81 Québécois tués par des policiers dans les 20 dernières années. https://www.ledevoir.com/actualites/societe/648996/le-devoir-enquete-81-quebecois-tues-par-des-policiers
Le Devoir. (2026, 26 février). Le SPVM mène des perquisitions en lien avec l’affaire Nooran Rezayi. https://www.ledevoir.com/actualites/justice/959424/spvm-mene-perquisitions-lien-affaire-nooran-rezayi
Le Juridhic. (2026, 26 février). Mort de Nooran Rezayi : le SPVM perquisitionne neuf résidences de la Rive-Sud pour reconstituer les minutes précédant la fusillade. https://lejuridhic.ca/mort-de-nooran-rezayi-le-spvm-perquisitionne-neuf-residences-de-la-rive-sud-pour-reconstituer-les-minutes-precedant-la-fusillade/
Pivot Québec. (2025, 29 septembre). Meurtre gratuit de Nooran Rezayi : guerre du récit médiatique. https://pivot.quebec/2025/09/29/guerre-recit-mediatique-meurtre-gratuit-nooran-rezayi/
Radio-Canada. (2026, 26 février). Nooran Rezayi : perquisitions sur la Rive-Sud de Montréal. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2232638/perquisitions-spvm-rive-sud-nooran-rezayi
Khaama Press. (2025, 23 septembre). 15-year-old Afghan boy fatally shot by police in Canada’s Longueuil. https://www.khaama.com/15-year-old-afghan-boy-fatally-shot-by-police-in-canadas-longueuil/
CBC News. (2026, 26 février). Montreal police conduct multiple raids in connection with shooting of Nooran Rezayi. https://www.cbc.ca/lite/story/9.7107034
Global News. (2026, 26 février). Montreal police conducting searches in lead-up to teen’s death by police. https://globalnews.ca/news/11708434/montreal-police-nooran-rezayi/
Wikipedia. (s.d.). Affaire Fredy Villanueva. https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Fredy_Villanueva
Wikipedia. (s.d.). Affaire Bennis. https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Bennis