Sami Bebawi, 79 ans, qui a orchestré l’un des plus importants stratagèmes de corruption impliquant une entreprise canadienne à l’étranger, a été renvoyé en prison mardi pour une décennie supplémentaire, menottes aux poignets, après avoir refusé de payer l’amende de 24,6 millions de dollars qui lui avait été imposée en 2020.
L’ancien vice-président de la division construction de SNC-Lavalin, qui avait empoché plus de 28 millions de dollars grâce à une société-écran logée dans un paradis fiscal en échange de pots-de-vin versés au fils de Mouammar Kadhafi, n’a remboursé que 100 000 dollars en six ans — l’équivalent, selon la Couronne, de 15 jours de détention. Devant le juge Gregory Moore au palais de justice de Montréal, l’homme d’affaires déchu a multiplié les manœuvres dilatoires jusqu’au bout, réclamant même « deux heures pour aller se changer » avant de se faire incarcérer.
La fin d’une cavale judiciaire qui aura duré six ans
« Sami Bebawi ne sera pas incarcéré parce qu’il est « trop pauvre ». C’est parce qu’il refuse de payer l’amende sans excuse raisonnable », a tranché le juge Moore mardi après-midi, mettant un terme définitif aux tentatives de l’ancien cadre pour échapper à ses obligations. Bebawi, qui avait bénéficié d’une semi-liberté en mai 2024 après avoir purgé une partie de sa peine initiale de huit ans et demi, avait multiplié les procédures judiciaires pour éviter le retour en détention.
En février 2026, le juge Moore lui avait donné un dernier délai de 22 jours pour « retrouver les fonds nécessaires ». Face à l’échec de cette ultime tentative, Bebawi était revenu le 25 mars devant le tribunal pour demander la « clémence » du magistrat, proposant de verser 5 000 dollars par mois jusqu’à son décès. À ce rythme, il lui faudrait 410 ans pour finaliser son paiement — une proposition que le juge a qualifiée d’irréaliste et insultante.
L’ex-cadre prétendait être tellement sans le sou qu’il n’avait même plus les moyens de porter en appel les précédentes décisions du juge Moore. Une affirmation difficilement crédible pour un homme qui, au faîte de sa carrière, orchestrait des transferts de dizaines de millions de dollars à travers des montages financiers complexes impliquant des paradis fiscaux et des sociétés-écrans.
Mardi, lorsque son avocat a proposé qu’il puisse se constituer prisonnier mercredi matin lors d’une rencontre avec son agent de libération conditionnelle — plutôt que directement au palais de justice comme le veut l’usage —, le juge a refusé. Bebawi s’est alors levé de son siège, réclamant deux heures pour « aller se changer ». « M. Bebawi savait qu’il y avait une forte probabilité qu’il allait finir sa journée en détention. Le fait qu’il ne soit pas préparé [n’est pas une excuse], ses proches pourront aller lui porter ses effets personnels », a rétorqué la procureure de la Couronne, Me Julie Laborde. Le Montréalais s’est finalement fait passer les menottes en salle d’audience.
Un empire de corruption bâti sur le dos de la Libye
L’histoire de Sami Bebawi commence au début des années 2000, lorsque SNC-Lavalin cherche à s’implanter massivement en Libye, alors dirigée par le dictateur Mouammar Kadhafi. Pour décrocher des contrats lucratifs, l’entreprise montréalaise met en place un système de corruption systématique visant Saadi Kadhafi, l’un des fils du dictateur. Entre 2001 et 2011, ce sont près de 48 millions de dollars qui sont versés pour « graisser la patte » de Saadi Kadhafi, selon les documents judiciaires.
Bebawi, qui occupait alors le poste stratégique de vice-président de la division construction, joue un rôle central dans ce stratagème. Il détourne environ 116 millions de dollars de fonds destinés à des projets libyens pour les acheminer vers des sociétés-écrans situées dans des paradis fiscaux. De cette somme, environ 47 millions servent à récompenser Saadi Kadhafi — finançant notamment la décoration d’un luxueux condo, l’achat d’un yacht, et l’organisation de somptueuses fêtes — tandis que Bebawi empoche personnellement plus de 28 millions de dollars.
Les contrats obtenus grâce à cette corruption massive incluent des projets d’infrastructures majeures : construction d’aéroports, d’autoroutes, de systèmes d’irrigation et même d’un pénitencier. SNC-Lavalin devient rapidement l’un des plus importants fournisseurs étrangers du régime Kadhafi. Mais l’édifice s’effondre avec la chute du dictateur libyen, assassiné en 2011 lors de la guerre civile. Les enquêteurs suisses et canadiens mettent alors au jour l’ampleur de la fraude.
| Date clé | Événement |
|---|---|
| 2001-2011 | Versement de pots-de-vin systématiques au fils de Kadhafi par SNC-Lavalin (48 millions $) |
| 2011 | Assassinat de Mouammar Kadhafi — début de l’effondrement du système |
| Début 2010 | Bebawi dans la mire de la GRC pour corruption et recyclage de produits de la criminalité |
| 15 décembre 2019 | Un jury reconnaît Bebawi coupable sur 5 chefs d’accusation (fraude, corruption, recyclage, recel) |
| 10 janvier 2020 | Sentence : 8,5 ans de pénitencier + amende de 24,6 millions $ |
| Décembre 2019 | SNC-Lavalin Construction plaide coupable à une accusation de fraude et écope de 280 millions $ d’amende |
| Mai 2024 | Bebawi obtient une semi-liberté |
| Février 2026 | Le juge Moore lui donne 22 jours pour payer ou retourner en prison pour 10 ans |
| 7 avril 2026 | Bebawi retourne en prison après avoir refusé de payer — n’a remboursé que 100 000 $ |
Tableau 1. Chronologie de l’affaire Bebawi et du scandale de corruption SNC-Lavalin en Libye.
Une condamnation historique, une entreprise qui s’en tire
Le 15 décembre 2019, après quatre jours de délibérations, un jury montréalais reconnaît Sami Bebawi coupable sur l’ensemble des cinq chefs d’accusation qui pesaient contre lui : fraude, corruption d’un agent public étranger, recyclage de produits de la criminalité, et deux chefs de possession de produits de la criminalité (recel). La Couronne réclamait neuf ans de prison. Le 10 janvier 2020, le juge le condamne à huit ans et demi de pénitencier, assortis d’une amende de 24,6 millions de dollars.
Trois jours avant ce verdict, le 18 décembre 2019, SNC-Lavalin Construction — une division de l’entreprise mère — accepte de plaider coupable à une accusation unique de fraude envers des organisations libyennes. L’accusation de corruption est abandonnée en échange de ce plaidoyer. La filiale écope d’une amende de 280 millions de dollars, à payer sur cinq ans, et d’une période de probation de trois ans. Surtout, ce plaidoyer permet à SNC-Lavalin Group Inc., la maison-mère, d’éviter un procès criminel — et donc une interdiction de soumissionner aux contrats publics pendant une décennie, ce qui aurait représenté un coup fatal pour l’entreprise.
Cette issue a suscité une vive controverse au Canada. L’affaire SNC-Lavalin a d’ailleurs éclaboussé le gouvernement libéral de Justin Trudeau en 2019, lorsqu’il est apparu que le bureau du Premier ministre aurait exercé des pressions sur la ministre de la Justice de l’époque, Jody Wilson-Raybould, pour qu’elle offre à SNC-Lavalin un accord de réparation (deferred prosecution agreement) plutôt qu’un procès criminel. Le scandale politique qui en a résulté a provoqué la démission de deux ministres et terni durablement l’image du gouvernement Trudeau.
Pour Bebawi, en revanche, aucune issue négociée n’était possible. Il est devenu le bouc émissaire d’un système de corruption qui impliquait de multiples échelons de l’entreprise. Riadh Ben Aïssa, ancien vice-président de SNC-Lavalin qui a témoigné contre Bebawi, avait lui-même été condamné en Suisse pour détournement de fonds, corruption et blanchiment d’argent en lien avec les mêmes affaires libyennes. Jacques Lamarre, ancien PDG de SNC-Lavalin, s’est vu retirer son permis d’ingénieur par l’Ordre des ingénieurs du Québec en 2024 et a dû payer 75 000 dollars d’amende pour des manquements professionnels liés aux activités de l’entreprise en Libye.
La saisie des actifs : une villa au Caire et des résidences montréalaises
En septembre 2020, la Couronne a obtenu la saisie de plus de 4 millions de dollars d’actifs appartenant à Bebawi, incluant une résidence qu’il s’était fait construire au Caire, en Égypte — visible sur des photos d’archives prises avant son arrestation — ainsi que des propriétés à Montréal. Mais cette somme, même ajoutée aux 100 000 dollars déjà remboursés, ne représente qu’une fraction des 24,6 millions réclamés.
Bebawi a affirmé au fil des audiences avoir « perdu la trace de ses avoirs », une déclaration qui a suscité le scepticisme du juge et de la Couronne. « Ce sont les conséquences directes de ses actes. […] Le crime ne paie pas », a lancé Me Julie Laborde à sa sortie de la salle d’audience mardi, après l’incarcération de Bebawi.
L’histoire de cet ex-cadre, qui vivait dans l’opulence avant sa chute, illustre le paradoxe d’un homme qui a bâti sa fortune sur la corruption mais qui refuse aujourd’hui d’en assumer les conséquences financières. À 79 ans, il passera vraisemblablement le reste de sa vie derrière les barreaux — à moins qu’il ne retrouve miraculeusement les millions qu’il prétend avoir perdus.
SNC-Lavalin après le scandale : un nettoyage incomplet ?
L’affaire libyenne a profondément secoué SNC-Lavalin, fleuron québécois de l’ingénierie employant des dizaines de milliers de personnes à travers le monde. L’entreprise a tenté de tourner la page en changeant de direction, en renforçant ses mécanismes de conformité et en se retirant de certains marchés à risque. Mais la perception du public demeure marquée par une décennie de scandales de corruption à répétition — non seulement en Libye, mais aussi au Bangladesh, en Inde et dans d’autres pays.
Le cas de Sami Bebawi, qui retourne en prison six ans après sa condamnation initiale pour avoir refusé de payer son amende, rappelle que les conséquences des actes de corruption peuvent s’étendre bien au-delà du verdict initial. Et que, contrairement à ce que prétendait Bebawi, le crime finit parfois par coûter très cher — même si ce prix arrive tard.
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Sources
[1] Anonyme. (2026, 7 avril). Un ex-cadre de SNC-Lavalin corrompu retourne 10 ans en prison pour avoir refusé de payer 24,6 M$. Journal de Montréal. https://www.journaldemontreal.com/2026/04/07/snc-lavalin-sami-bebawi-retourne-en-prison-pour-10-ans-pour-avoir-refuse-de-payer-son-amende-de-246-m
[2] Radio-Canada. (2026, 7 avril). Affaire SNC-Lavalin : à court d’excuses, Sami Bebawi retourne en prison. ICI Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2244275/sami-bebawi-prison-snc-lavalin-fraude
[3] Shields, A. (2026, 7 avril). Un ex-dirigeant de SNC-Lavalin tente d’éviter la prison jusqu’à la dernière minute. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2026-04-07/refus-de-payer-une-amende-de-25-millions/un-ex-dirigeant-de-snc-lavalin-tente-d-eviter-la-prison-jusqu-a-la-derniere-minute.php
[4] Anonyme. (2026, 16 février). Ex-cadre de SNC Lavalin corrompu: 22 jours pour retrouver 24 M. Journal de Montréal. https://www.journaldemontreal.com/2026/02/16/ex-cadre-de-snc-lavalin-corrompu-22-jours-pour-retrouver-24m
[5] CBC News. (2020, 10 janvier). Former SNC-Lavalin executive Sami Bebawi sentenced to 8.5 years in prison. https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/sami-bebawi-snc-lavalin-1.5422656
[6] Anonyme. (2019, 18 décembre). 280 millions $ d’amende pour une division de SNC-Lavalin. TVA Nouvelles. https://www.tvanouvelles.ca/2019/12/18/snc-lavalin-construction-plaide-coupable
[7] Shields, A. (2019, 18 décembre). Fraude: une division de SNC-Lavalin plaide coupable. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2019-12-18/fraude-une-division-de-snc-lavalin-plaide-coupable
[8] Service des poursuites pénales du Canada. (2019, 18 décembre). SNC-Lavalin Construction inc. plaide coupable à une accusation de fraude. https://www.ppsc-sppc.gc.ca/fra/nvs-nws/2019/18_12_19.html
[9] Radio-Canada. (2019, 1er novembre). La stratégie de SNC-Lavalin pour se faire payer 100 millions en Libye. ICI Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1372538/proces-bebawi-snc-lavalin-libye-temoignage-ben-aissa
[10] Shields, A. (2019, 19 décembre). SNC-Lavalin était prête à tout pour des contrats. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2019-12-19/snc-lavalin-etait-prete-a-tout-pour-des-contrats