MONTRÉAL – Après 33 ans passés en prison pour un quadruple meurtre qu’il a toujours nié, Daniel Jolivet, 68 ans, a franchi les portes du palais de justice de Montréal en homme libre vendredi, une libération provisoire qui met en lumière les failles profondes du système judiciaire québécois et la résilience d’un homme face à une machine qui l’a broyé.
« Ça va bien, ça va mieux. Le combat n’est quand même pas fini, mais c’est un poids de moins. On dirait que j’ai rajeuni! ». Ce sont les premiers mots, empreints d’une émotion palpable, de Daniel Jolivet à sa sortie de détention vers 18 h 30. Entouré de ses proches, dont sa petite-fille qui qualifie ce moment de « meilleur cadeau de Noël », l’homme a enfin pu savourer ses premiers instants de liberté, rêvant de plaisirs simples : « manger des cigares au chou, boire de la bière d’épinette, et dormir ».
Cette libération, ordonnée par la juge Lyne Décarie de la Cour supérieure, n’est pas un acquittement, mais une mesure exceptionnelle en attendant que le ministre fédéral de la Justice statue sur son cas, un processus qui pourrait prendre de 18 mois à cinq ans. Mais pour l’avocat de M. Jolivet, Me Nicholas St-Jacques, qui se bat pro bono pour son client depuis 17 ans, « pour une personne victime d’erreur judiciaire, chaque journée en détention est une journée de trop ».
Le poids d’un témoignage mensonger
L’affaire remonte à novembre 1992, avec le meurtre de deux trafiquants de drogue et de leurs conjointes à Brossard. Daniel Jolivet, qui trempait lui-même dans le trafic de cocaïne, est rapidement arrêté. En 1994, il est condamné à la prison à vie, principalement sur la base du témoignage d’un seul homme : Claude Riendeau, un ex-policier déchu devenu délateur pour la police. Riendeau affirmait avoir reçu les confessions de Jolivet dans un restaurant le lendemain des meurtres.
Ce que la défense ignorait à l’époque, et qui constitue le cœur de cette erreur judiciaire probable, c’est que ce témoignage était matériellement impossible. Des preuves cruciales, non divulguées par la Couronne et la police, ont été mises au jour au fil des ans par les avocats de Projet Innocence Québec. Des relevés téléphoniques démontrent que le matin des prétendus aveux, M. Jolivet passait 25 appels depuis sa voiture à la recherche d’un bijou pour une amie. Le témoignage du bijoutier, qui confirmait sa visite, n’a jamais été transmis à la défense.
| Année | Événement Clé |
| 1992 | Quadruple meurtre à Brossard. Daniel Jolivet est arrêté. |
| 1994 | Condamnation à la prison à vie, basée sur le témoignage du délateur Claude Riendeau. |
| 1998 | La Cour d’appel du Québec ordonne un nouveau procès. |
| 2000 | La Cour suprême du Canada annule la décision et rétablit le verdict de culpabilité. |
| 2005-2010 | Multiples demandes de révision ministérielle rejetées. |
| Juin 2025 | La Couronne du Québec admet que des preuves essentielles ont été dissimulées. |
| Octobre 2025 | Le DPCP et le ministre fédéral de la Justice reconnaissent une « probable erreur judiciaire ». |
| 19 déc. 2025 | Daniel Jolivet obtient une libération provisoire après 33 ans de détention. |
Le long et sinueux parcours judiciaire de Daniel Jolivet.
Une reconnaissance tardive
Il aura fallu attendre juin 2025 pour que la Couronne du Québec admette par écrit que M. Jolivet n’avait « pas bénéficié d’un procès équitable » . Cette admission a ouvert la voie à une déclaration exceptionnelle du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) en octobre, suivie de celle du ministre fédéral de la Justice, qui a reconnu qu’une erreur judiciaire s’était « probablement produite » et a ordonné une enquête approfondie.
La juge Décarie, en accordant la libération, a salué le plan de réinsertion « solide » et le soutien indéfectible de la famille et des avocats, qui ont personnellement payé la caution de 50 000 $ et s’engagent à payer son loyer pour la première année. S’adressant à M. Jolivet, elle a reconnu la difficulté de la tâche qui l’attend : « Les choses ont beaucoup changé en 33 ans, je vous souhaite bon courage ».
Un combat qui dépasse l’individu
Le cas de Daniel Jolivet n’est malheureusement pas isolé. Le Registre canadien des condamnations injustifiées recense 83 cas où des condamnations ont été annulées. Selon Innocence Canada, plus de 15 % des cas d’erreurs judiciaires révélées par l’ADN impliquaient de faux témoignages de délateurs, une cause majeure de ces défaillances.
Le combat de Daniel Jolivet, qui a toujours refusé de demander une libération conditionnelle pour ne pas avoir à admettre une culpabilité qu’il rejette, illustre la nécessité d’une réforme. La récente adoption de la Loi de David et Joyce Milgaard, qui créera une commission indépendante d’examen des erreurs du système judiciaire, est un pas dans la bonne direction.
Pour Daniel Jolivet, la liberté n’est pas un « cadeau de Noël ». C’est un droit qui lui a été refusé pendant 12 054 jours. « Je le dis depuis le 14 novembre 1992 que je suis innocent », a-t-il martelé. Son combat n’est pas terminé. Il attend maintenant un nouveau procès pour être, enfin, « acquitté honorablement ».
Références
[6] Innocence Québec. (S.d.). Causes d’erreurs judiciaires. Repéré à
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