Nedjem Eddine Khirat, 25 ans, n’a pas porté le coup fatal. Pourtant, c’est lui qui subit aujourd’hui un procès pour homicide involontaire coupable devant le palais de justice de Montréal.
En provoquant une altercation de rage au volant dans le stationnement du mythique restaurant Gibeau Orange Julep le soir du 31 mai 2023, en frappant d’un coup de pied le corps inerte de la victime et en prenant la fuite, Khirat est au cœur d’une question juridique fondamentale : jusqu’où s’étend la responsabilité pénale lorsqu’on n’est pas l’auteur direct du geste fatal ?
Une soirée banale qui vire au drame irréparable
Andreï Petuhov, 50 ans, parqueteur de métier et père de deux enfants, rentrait du travail ce soir-là en compagnie de deux collègues à bord d’une Dodge Caravan. Sur le boulevard Décarie, non loin de la rue Jean-Talon, une Audi A7 effectue une manœuvre dangereuse et coupe la route du groupe. À bord de ce véhicule de luxe se trouvent trois hommes : Nedjem Eddine Khirat, Ismail Karaoui et Yasser Sali. Les deux voitures se retrouvent à proximité immédiate, l’Audi se garant dans le stationnement du Gibeau Orange Julep tandis que M. Petuhov et ses collègues s’immobilisent tout près, au McDonald’s adjacent.
Andreï Petuhov choisit de traverser pour aller interpeller le conducteur. Selon André Couture, son employeur qui s’est exprimé peu après les faits, « il ne s’en allait pas se tirailler, il voulait leur parler, les calmer ». Ce détail, révélateur du caractère de la victime, contraste avec la tournure fatale qu’allait prendre la confrontation.
La tension monte rapidement entre les deux groupes. Selon le témoignage de Roger Synavongsa, collègue de M. Petuhov, les deux principaux protagonistes « étaient très proches l’un de l’autre, il y avait des signes d’agressivité qui pourraient mener à la violence ». Des poussées sont échangées, des insultes fusent — dont certaines en arabe — et Synavongsa se rappelle « avoir tenu l’épaule d’Andreï pour le calmer ». Comprenant la menace, Petuhov recule de quelques pas et décide de tourner les talons.
C’est à ce moment précis que le destin bascule. Alors que la victime tournait le dos, Ismail Karaoui, un ancien boxeur amateur de 26 ans, s’élance et lui assène un puissant coup de poing de la main droite à l’arrière de la tête. Le coup fracture une vertèbre cervicale. Andreï Petuhov s’effondre violemment, inconscient. Sa mort cérébrale est déclarée à l’hôpital peu après; il décède officiellement deux jours plus tard.
Le coup de pied et la fuite : les actes qui définissent l’accusé
Si Ismail Karaoui est l’auteur du coup mortel — il a d’ailleurs plaidé coupable à une accusation d’homicide involontaire coupable en octobre 2025 — le rôle de Nedjem Eddine Khirat est d’une autre nature, mais loin d’être négligeable aux yeux de la Couronne.
Khirat a lui-même admis, dès l’ouverture de son procès le 7 avril 2026, avoir asséné un coup de pied sur le corps de la victime alors que celle-ci gisait inerte au sol. Il est également le conducteur de l’Audi A7 dont la manœuvre dangereuse a été à l’origine de la confrontation. C’est lui que M. Petuhov était venu voir. C’est dans son véhicule que ses amis, dont Karaoui, se trouvaient. Et c’est après avoir mémorisé la plaque de cette Audi que Roger Synavongsa a permis aux policiers de retrouver Khirat dès le lendemain.
La scène a été intégralement captée par la caméra de surveillance d’une Tesla présente dans le stationnement, ainsi que par les caméras du restaurant. Ces images, qualifiées de « particulièrement choquantes » par des sources proches du dossier en juin 2023, constituent une preuve centrale au procès. Le comportement de Karaoui après les faits — sautillant autour du corps de la victime « comme un boxeur qui aurait mis un adversaire K.O. », selon l’expression de la Couronne — ainsi que le coup de pied de Khirat sur un homme déjà inconscient illustrent une violence que la Couronne qualifie de délibérée et organisée.
Le nœud juridique : peut-on être coupable sans avoir porté le coup fatal ?
C’est ici que le procès de Nedjem Eddine Khirat revêt une portée qui dépasse le simple fait divers. Le juge Dennis Galiatsatos devra trancher une question fondamentale de droit pénal canadien : dans quelle mesure la participation à une rixe qui dégénère engage-t-elle la responsabilité criminelle de celui qui n’est pas l’auteur direct de la mort ?
Le Code criminel canadien offre deux grilles d’analyse pertinentes. D’abord, l’article 21 énonce que participe à une infraction non seulement quiconque « la commet réellement », mais aussi quiconque « accomplit ou omet d’accomplir quelque chose en vue d’aider quelqu’un à la commettre » ou « encourage quelqu’un à la commettre ». Plus significatif encore, le paragraphe 21(2) établit la théorie de l’intention commune : lorsque deux personnes ou plus poursuivent ensemble une fin illégale, chacune peut être tenue responsable des infractions commises par l’autre, « si elle savait ou devait savoir que la réalisation de l’intention commune aurait pour conséquence probable la perpétration de l’infraction ».
Par ailleurs, l’article 234 définit l’homicide involontaire coupable comme tout homicide qui « n’est pas un meurtre ni un infanticide ». La peine maximale prévue à l’article 236 est l’emprisonnement à perpétuité, bien que les peines effectivement prononcées varient considérablement selon le degré de responsabilité, comme le rappelle l’arrêt R. c. Cadotte (2019 QCCS 1987), qui reconnaît un large pouvoir discrétionnaire au juge entre ce qui s’apparente à un quasi-meurtre et ce qui relève du quasi-accident.
| Accusé | Rôle | Chef d’accusation | Statut |
|---|---|---|---|
| Ismail Karaoui | Auteur du coup de poing fatal | Homicide involontaire coupable | Plaidoyer de culpabilité (oct. 2025) — sentence prévue le 24 avril 2026 (8 ans réclamés par la Couronne) |
| Nedjem Eddine Khirat | Conducteur de l’Audi, auteur du coup de pied sur le corps de la victime | Homicide involontaire coupable | Procès en cours (avril 2026) |
| Yasser Sali | A aidé Karaoui à fuir au pays et à l’étranger | Complicité après les faits (2 chefs) | Plaidoyer de culpabilité (août 2025) — condamné à 2 ans de prison |
Tableau 1. Récapitulatif des personnes impliquées dans l’affaire Petuhov et leur situation judiciaire respective.
Des proches dévastés, une famille brisée
Derrière les questions de droit se trouve un homme. Andreï Petuhov était père de deux adolescents et gagnait sa vie comme parqueteur. Lors des observations sur la peine d’Ismail Karaoui, en février 2026, l’épouse de la victime a pris la parole dans une salle d’audience chargée d’émotion. « C’était un homme formidable, à qui on a arraché la vie à 50 ans », a-t-elle dit, implorant le juge de ne pas réduire la vie de son mari à « une statistique ». Elle a décrit « une douleur physique, émotionnelle et mentale » qui l’a saisie depuis que les policiers ont frappé à sa porte le soir du 31 mai 2023.
Le cousin de la victime, également parrain de son fils, s’est adressé directement au tribunal : « J’ai essayé de pardonner, mais je n’en suis pas capable. Je veux juste que la justice soit faite de façon honnête et sincère. »
Une chaîne de responsabilités qui questionne la gestion du groupe
L’affaire révèle également les mécanismes de la violence collective et la mécanique de la désescalade ratée. Roger Synavongsa, l’ami de M. Petuhov qui tentait de le calmer, a décrit une scène dans laquelle la dynamique de groupe a semblé s’emballer d’elle-même : les insultes, les poussées, l’arrivée des amis des deux côtés, puis l’escalade irréversible. L’accusé Khirat était, rappelons-le, le déclencheur initial de cette séquence, lui dont la manœuvre dangereuse au volant a amorcé la tension.
La rage au volant comme vecteur de violence létale n’est pas un phénomène isolé dans la jurisprudence québécoise. La Société québécoise d’information juridique (SOQUIJ) avait recensé dès 2019 plusieurs décisions confirmant des peines substantielles dans des affaires d’homicides involontaires issus d’altercations routières, dont certaines allant jusqu’à 48 mois d’emprisonnement en appel. Le dossier Petuhov, par la multiplicité des accusés et la complexité des rôles, représente néanmoins un cas d’une ampleur judiciaire peu commune.
Un procès dont l’issue pourrait faire jurisprudence
Le procès de Nedjem Eddine Khirat se poursuit pour quelques jours devant le juge Dennis Galiatsatos. La question centrale — peut-on être reconnu coupable d’homicide involontaire pour avoir déclenché une altercation dont quelqu’un d’autre a porté le coup fatal, et pour avoir frappé la victime alors qu’elle était déjà à terre ? — n’est pas seulement une affaire de nomenclature juridique. Elle dessine les contours de la responsabilité collective dans les violences de groupe, et rappelle que dans le droit pénal canadien, déclencher une rixe dont on sait qu’elle pourrait dégénérer peut engager une responsabilité aussi lourde que celle d’avoir frappé soi-même.
Pour la famille Petuhov, la question est d’une autre nature. Trois ans après la mort d’Andreï, c’est encore le tribunal qui doit dire, au nom de la société, la valeur d’une vie arrachée en quelques secondes dans un stationnement de Côte-des-Neiges.
Note sur ce contenu : Cet article a été rédigé par une intelligence artificielle expérimentale spécialisée, et potentiellement révisé par un membre de notre équipe de manière aléatoire. Bien que nous visions la plus grande précision, des erreurs peuvent subsister. Votre vigilance est précieuse : si quelque chose vous semble incorrect, merci de nous le signaler à : redaction@lejuridhic.com
Références
[1] Anonyme. (2026, 7 avril). Rage au volant à l’Orange Julep : accusé d’homicide involontaire même s’il n’a pas asséné le coup fatal. Journal de Montréal. https://www.journaldemontreal.com/2026/04/07/rage-au-volant-a-lorange-julep-accuse-dhomicide-involontaire-meme-sil-na-pas-assene-le-coup-fatal
[2] Bolduc, P.-O. (procureur), cité dans : Radio-Canada. (2026, 26 février). « Coup sournois » à l’Orange Julep : 8 ans de prison réclamés pour le boxeur amateur. ICI Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2232684/ismail-karaoui-coup-boxeur-orange-julep
[3] Anonyme. (2025, 1er août). Deux ans de prison pour avoir aidé son ami en cavale après une bagarre mortelle. Journal de Montréal. https://www.journaldemontreal.com/2025/08/01/2-ans-de-prison-pour-avoir-aide-son-ami-en-cavale-apres-une-bagarre-mortelle
[4] Anonyme. (2023, 9 juin). Agression mortelle au Orange Julep : un père de famille tentait de calmer des jeunes enragés. Journal de Montréal. https://www.journaldemontreal.com/2023/06/09/agression-au-orange-julep–un-pere-de-famille-meurt-quelques-jours-plus-tard
[5] Ministère de la Justice du Canada. (1985, mis à jour). Code criminel, LRC 1985, c C-46, art. 21 — Participants à une infraction. https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/C-46/section-21.html
[6] Ministère de la Justice du Canada. (1985, mis à jour). Code criminel, LRC 1985, c C-46, art. 234 et 236 — Homicide involontaire coupable. https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/c-46/page-36.html
[7] Wikipédia. (2022). Homicide involontaire coupable en droit canadien. https://fr.wikipedia.org/wiki/Homicide_involontaire_coupable_en_droit_canadien
[8] SOQUIJ — Blogue. (2019, 12 décembre). Rage au volant : revue de la jurisprudence. https://blogue.soquij.qc.ca/2019/12/12/rage-au-volant-revue-de-la-jurisprudence/