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Quatre meurtres en un an à Donnacona : l’État a-t-il perdu le contrôle de son pénitencier ?

6 heures ago
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ÉTABLISSEMENT PÉNITENTIER DONNACONA. © LeJuridhic.ca, 2026.

Au lendemain du quatrième meurtre en moins d’un an au pénitencier à sécurité maximale de Donnacona, un autre détenu a été attaqué à la gorge jeudi soir — dans le même gymnase où Tarek Youssef Baydoun a été assassiné la veille. Pendant que les agents correctionnels parlent de « jamais-vu », la loi, elle, impose au Service correctionnel du Canada une obligation claire : assurer un milieu sécuritaire. Le bilan des douze derniers mois pose ouvertement la question de son respect.

L’attaque de jeudi soir n’a, cette fois, pas été mortelle : la victime, blessée à la gorge dans le gymnase de l’établissement, ne serait pas en danger de mort. Selon les informations du Journal de Montréal, il s’agirait de Mohamed Kacimi, un détenu condamné en 2022 à dix ans de pénitencier pour avoir tiré en pleine rue, avec deux complices, sur un homme qui tentait de défendre sa conjointe — un criminel dont la fiche comptait alors 98 condamnations. Le lieu de l’agression n’a rien d’anodin : c’est au même endroit, vers 19 h 30 mercredi, que Baydoun, 30 ans, tête d’affiche du gang Arab Power, a été tué.

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Une spirale documentée, mort après mort

La chronologie des douze derniers mois à Donnacona se lit comme un constat d’échec. Le 20 juillet 2025, Sylvain Kabbouchi, 26 ans, membre fondateur d’Arab Power condamné pour meurtre, est retrouvé sans vie dans une cellule, trois mois après son admission. Le 2 mars 2026, Tyreek Angus, 26 ans, meurt à la suite d’une attaque à l’arme blanche dans le gymnase ; selon Le Soleil, il a été poignardé au visage et au cœur. Le 24 mars, Amine Derradji, 25 ans, succombe après une agression — survenue, là encore, dans le gymnase, vers 19 h 30. Le 3 juin, c’est au tour de Baydoun, tué selon La Presse à coups de pics à la tête et au cou. Entre ces morts, les attaques non mortelles s’accumulent : un détenu grièvement blessé par trois agresseurs en février, deux autres poignardés en avril, dont un dans un état critique, et maintenant l’agression de jeudi.

Quatre des cinq événements les plus graves se sont produits dans le gymnase de l’établissement — une récurrence qui interroge directement la surveillance des lieux communs dans un pénitencier censé être le plus sécurisé du Québec.

« Se faire justice eux-mêmes » : l’aveu

La réaction du président québécois du Syndicat des agents correctionnels du Canada, Mike Bolduc, a valeur d’aveu institutionnel : « C’est normal et ça va continuer. Ils vont se faire justice eux-mêmes », a-t-il déclaré au Journal de Montréal, les agents estimant que le Service correctionnel du Canada (SCC) a perdu le contrôle. Son homologue national, Frédérick Lebeau, sonnait déjà l’alarme en mars sur la montée de la violence dans les établissements fédéraux, « particulièrement » à Donnacona.

La toile de fond est connue : une guerre oppose les gangs Arab Power, Arabs with attitude et Rolling 90s, et elle se mène désormais des deux côtés des murs. Le meurtre de Baydoun est survenu quelques heures avant l’assassinat, jeudi matin à Laval, de Hassan Haidar, que la police associe aux Rolling 90s. Et le détail le plus troublant du dossier concerne le SCC lui-même : selon La Presse, Baydoun venait de sortir d’une unité d’intervention structurée — le régime qui a remplacé l’isolement préventif — et d’être réintégré dans la population carcérale lorsqu’il a été tué. Des membres d’Arab Power auraient été prévenus que leur vie était menacée, et l’un de leurs chefs, détenu à Donnacona, pourrait être transféré dans une autre province pour sa propre sécurité.

Ce que la loi exige du Service correctionnel

Le droit ne laisse aucune ambiguïté sur les responsabilités en jeu. La Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition impose au SCC de prendre toutes les mesures utiles pour que le milieu de vie des détenus soit sain et sécuritaire : la peine infligée par les tribunaux est la privation de liberté, jamais l’exposition à la violence. La même loi oblige le Service à enquêter sur tout décès ou blessure grave d’un détenu et à faire rapport à l’enquêteur correctionnel du Canada, l’ombudsman fédéral des prisons. Au Québec s’ajoute le coroner, dont l’investigation est obligatoire pour tout décès survenu en détention. Et chaque meurtre déclenche une enquête criminelle de la Sûreté du Québec, dont les unités de crimes contre la personne ont pratiquement élu domicile à Donnacona depuis un an.

Ces mécanismes produisent des résultats — mais après coup. La semaine dernière, près d’un an après la mort de Kabbouchi, cinq de ses anciens codétenus ont comparu au palais de justice de Québec sous des accusations de meurtre au premier degré. La démonstration est faite que la justice finit par entrer dans les murs ; elle ne démontre pas, en revanche, que l’État parvient à prévenir plutôt qu’à punir. Les familles de détenus tués sous garde fédérale disposent d’ailleurs de recours civils contre l’État lorsque la négligence dans la protection peut être établie — et la réintégration d’un homme menacé, tué le jour même de son retour en population régulière, fournira matière à examen, tant pour l’enquête interne du SCC que pour le coroner.

DateVictimeCirconstances
20 juillet 2025Sylvain Kabbouchi, 26 ans (Arab Power)Retrouvé sans vie en cellule ; 5 ex-codétenus accusés de meurtre au 1er degré
2 mars 2026Tyreek Angus, 26 ansAttaqué à l’arme blanche au gymnase
24 mars 2026Amine Derradji, 25 ansAgressé au gymnase ; un détenu arrêté
3 juin 2026Tarek Youssef Baydoun, 30 ans (Arab Power)Tué au gymnase, au lendemain de sa réintégration
4 juin 2026Détenu blessé (survivant)Attaqué à la gorge, même gymnase

Donnacona concentre aujourd’hui tout ce que le système correctionnel fédéral redoute : une guerre de gangs importée, des lieux communs devenus zones de règlement de comptes, un syndicat qui prédit publiquement la suite, et une obligation légale de protection dont le respect se mesurera désormais devant le coroner, l’enquêteur correctionnel et, peut-être, les tribunaux civils. La prochaine attaque, si elle survient, ne pourra plus être qualifiée d’imprévisible — c’est précisément ce qui rend la situation juridiquement explosive pour l’État.

Note sur ce contenu. Cet article a été rédigé par un(e) journaliste IA du Juridhic. Il reflète ses recherches et son point de vue, sous la supervision et la responsabilité éditoriale de la rédaction humaine du Juridhic. Nous visons la plus grande rigueur, mais des erreurs peuvent subsister. Votre vigilance compte : signalez-nous toute correction à corrections-lejuridhic@protonmail.ch.

Références

Le Journal de Montréal. (2026, 4 juin). Au lendemain d’un quatrième meurtre, un autre détenu a été attaqué sauvagement à Donnacona. journaldemontreal.com

Le Journal de Québec. (2026, 4 juin). Quatrième meurtre en un an : du « jamais-vu » au pénitencier de Donnacona. journaldequebec.com

La Presse. (2026, 3 juin). Un membre influent du gang Arab Power tué au pénitencier. lapresse.ca

Radio-Canada. (2026, 26 mars). Un détenu du pénitencier de Donnacona est mort après une attaque. ici.radio-canada.ca

Radio-Canada. (2026, mai). Meurtre à Donnacona : cinq détenus comparaissent. ici.radio-canada.ca

Le Soleil. (2026, 3 mars). Un détenu tué dans une agression au pénitencier de Donnacona. lesoleil.com

Service correctionnel Canada. (2026, 3 mars). Décès d’un détenu de l’Établissement de Donnacona [communiqué]. canada.ca

Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition, L.C. 1992, ch. 20, art. 19, 70. Ministère de la Justice du Canada. laws-lois.justice.gc.ca

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