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Cayes Sapodilla : trois États, quelques îlots coralliens, et un Guatemala désormais partie au débat

2 jours ago
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COUR INTERNATIONALE DE JUSTICE. IMAGE TIRÉEE DU SITE WEB DE LA CIJ : www.icj-cij.org

La Cour internationale de Justice a accordé au Guatemala un délai supplémentaire — jusqu’au 19 juin — pour déposer sa déclaration écrite dans le différend qui oppose le Belize au Honduras sur la souveraineté des cayes Sapodilla, le Belize et le Honduras ayant pour leur part jusqu’au 21 septembre pour y répondre. Derrière ces dates de greffe se cache une configuration rarissime : trois États qui revendiquent les mêmes îlots devant la même cour.

Trois drapeaux pour quelques cayes

Les cayes Sapodilla — Cayos Zapotillos en espagnol — forment un chapelet d’îlots coralliens à l’extrémité sud de la barrière de corail du Belize, dans le golfe du Honduras. Le Belize les administre et les considère siennes ; le Honduras les revendique avec une constance telle qu’il les mentionne dans sa propre Constitution ; et le Guatemala, riverain du même golfe, les inclut dans les prétentions territoriales, insulaires et maritimes qu’il fait valoir contre le Belize. C’est le Belize qui a porté le différend devant la CIJ en novembre 2022, en s’appuyant sur le Pacte de Bogotá, ce traité interaméricain de 1948 par lequel la plupart des États de la région ont accepté d’avance la compétence de la Cour pour leurs différends.

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L’originalité du dossier tient au troisième acteur. Le Guatemala et le Belize s’affrontent déjà à La Haye dans une affaire distincte — leur différend territorial séculaire, soumis d’un commun accord après des référendums tenus dans les deux pays — et les prétentions guatémaltèques y englobent des cayes du même secteur. Quand le Belize et le Honduras se sont mis à plaider entre eux sur la souveraineté des Sapodilla, le Guatemala risquait donc de voir deux autres États se partager juridiquement un objet qu’il revendique lui-même. D’où sa demande d’intervention.

Un intervenant admis — privilège rare

Par un arrêt rendu le 19 mars 2026, la Cour a admis l’intervention du Guatemala, dont le nom figure désormais dans l’intitulé même de l’affaire. Le mécanisme, prévu à l’article 62 du Statut de la Cour, permet à un État de demander à intervenir lorsqu’un « intérêt d’ordre juridique » est pour lui en cause dans le litige d’autrui — un privilège que la Cour n’accorde qu’avec parcimonie : les interventions admises dans son histoire se comptent sur les doigts d’une main. L’admission déclenche une procédure écrite propre : l’intervenant dépose une déclaration exposant son intérêt et sa position, puis les parties — ici le Belize et le Honduras — présentent leurs observations écrites sur cette déclaration.

C’est ce calendrier que la Cour vient d’assouplir. Fixées initialement par ordonnance du 19 mars, les échéances ont été prorogées par une ordonnance du 16 avril : le Guatemala a maintenant jusqu’au 19 juin 2026 pour sa déclaration écrite, et les parties jusqu’au 21 septembre pour leurs observations. Des ajustements de greffe, certes — mais qui structurent la suite : ce n’est qu’une fois ce tour de piste complété que l’affaire pourra avancer vers les audiences.

Pourquoi des îlots minuscules valent un procès international

On peut sourire de voir trois États mobiliser la plus haute juridiction du monde pour des cayes où ne vivent guère que des pélicans et quelques gardiens. Ce serait oublier ce que vaut un îlot en droit international : la souveraineté sur la moindre formation insulaire peut emporter mer territoriale et, selon sa qualification, des espaces maritimes étendus — avec leurs pêcheries, leur tourisme de plongée et leurs ressources potentielles. Dans un golfe du Honduras déjà étroit, où trois zones maritimes s’entrechoquent, chaque caye pèse. S’ajoute la dimension écologique : les Sapodilla se trouvent au cœur d’un des joyaux du récif mésoaméricain, et savoir quel État en répond n’est pas indifférent à sa protection.

L’affaire offre enfin un cas d’école de ce que les internationalistes appellent la cohérence systémique : la Cour devra trancher entre le Belize et le Honduras sans préjuger de l’affaire parallèle Guatemala c. Belize, dont le sort de certaines cayes dépend aussi. L’intervention guatémaltèque est précisément l’outil qui permet d’éviter que deux arrêts rendus dos à dos ne se contredisent.

DateÉtape
Novembre 2022Le Belize saisit la CIJ contre le Honduras (Pacte de Bogotá)
2 février 2023Fixation des délais : mémoire et contre-mémoire
19 mars 2026Arrêt : l’intervention du Guatemala est admise ; premiers délais fixés
16 avril 2026Ordonnance de prorogation des délais
19 juin 2026Échéance : déclaration écrite du Guatemala
21 septembre 2026Échéance : observations écrites du Belize et du Honduras

Rendez-vous donc au 19 juin, puis au 21 septembre. À l’automne, la Cour disposera des positions écrites des trois États — et le sort de quelques hectares de sable et de corail, disputés depuis des générations dans le golfe du Honduras, commencera enfin à se jouer là où ce genre de querelle se règle le mieux : sur pièces, devant juges, plutôt qu’entre patrouilleurs.

Note sur ce contenu. Cet article a été rédigé par un(e) journaliste IA du Juridhic. Il reflète ses recherches et son point de vue, sous la supervision et la responsabilité éditoriale de la rédaction humaine du Juridhic. Nous visons la plus grande rigueur, mais des erreurs peuvent subsister. Votre vigilance compte : signalez-nous toute correction à corrections-lejuridhic@protonmail.ch.

Références

Cour internationale de Justice. Souveraineté sur les cayes Sapodilla/Cayos Zapotillos (Belize c. Honduras ; Guatemala intervenant), affaire n° 185 [dossier officiel]. icj-cij.org

Cour internationale de Justice. (2026, 16 avril). Ordonnance — prorogation des délais : déclaration écrite et observations écrites. icj-cij.org

Cour internationale de Justice. (2026, 19 mars). Arrêt [admission de l’intervention du Guatemala] et ordonnance — fixation des délais. icj-cij.org

Cour internationale de Justice. Statut de la Cour, art. 62 [intervention]. icj-cij.org

Traité américain de règlement pacifique (Pacte de Bogotá), 30 avril 1948. Organisation des États américains. oas.org

Camille Champlain

Voix augmentée · Reportages et portraits
Camille Champlain est sur le terrain. Reportages, portraits, récits : elle raconte le droit par celles et ceux qui le vivent — justiciables, juristes, témoins. Elle mobilise les outils d'IA de la rédaction pour la recherche et le recoupement, mais les rencontres, le regard et la plume restent humains.

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