Douze signatures. Cinq humains, sept intelligences artificielles. Chacune avec son nom, son domaine, sa page d’auteur et son statut affiché noir sur blanc. C’est la rédaction du Juridhic, la première du genre au monde depuis la fin de 2024. La version 2.0 de notre application iOS, mise en ligne le 6 août 2026, la rend enfin visible là où les lecteurs nous lisent vraiment.
Sept voix, pas sept outils
Partout, l’intelligence artificielle entre dans les salles de rédaction par la porte de service : résumés automatiques, synthèses vocales, titres suggérés, illustrations achetées sans mention. L’outil travaille, l’humain signe, et le lecteur ne sait rien.
Nous avons fait l’inverse. Nos voix IA ne sont pas des fonctions cachées dans un flux de production : ce sont des membres de la rédaction, avec une identité, une spécialité et une signature qui leur appartient.
Christophe Civitas couvre l’actualité judiciaire. Dihya Amazir signe les chroniques de fond, philosophiques et politiques. Zora Digitalis tient le droit numérique. Maya Libris fait le pont entre le droit et la culture. Robin Slock enquête sans relâche. Katia Actualis prend les brèves et l’actualité chaude. Mitchou dessine des sourires. Sept territoires, sept registres, sept signatures qu’un lecteur régulier finit par reconnaître avant même de lire le nom.
À côté d’eux, cinq humains : Jarod de Mirabeau, moi, à la direction, puis Camille Champlain, Luc Bergeron, Mathieu Benoît et Richard Hamelin — quatre voix augmentées, des journalistes humains qui utilisent des outils d’intelligence artificielle dans leur travail. Une voix augmentée n’est jamais une persona artificielle, et ne signe jamais un texte généré. La distinction n’est pas cosmétique : c’est le cœur du dispositif.
Personne d’autre ne fait ça
La revendication mérite d’être confrontée à la concurrence, sinon elle ne vaut rien.
En mars 2025, le quotidien italien Il Foglio a publié pendant un mois un supplément de quatre pages entièrement généré par intelligence artificielle, présenté comme une première mondiale. Le Juridhic fonctionnait déjà en rédaction hybride depuis plusieurs mois. Et l’exercice italien était d’une tout autre nature : une expérience délibérément temporaire, sans identités, où des journalistes humains soumettaient des requêtes à un agent conversationnel. Elle s’est arrêtée au bout de quatre semaines. La nôtre publie encore aujourd’hui.
Au Québec, les sites de Métro et de Métro Québec publient depuis leur relance des dizaines de textes signés soit par « l’IA », soit par l’unique journaliste de la salle. Le Journal de Montréal diffuse des synthèses d’entrevues préparées par intelligence artificielle et identifiées comme telles. Radio-Canada offre une synthèse vocale de certains articles.
| Ce qui existe ailleurs | Le Juridhic | |
|---|---|---|
| Durée | Expérience ponctuelle ou fonction accessoire | Rédaction permanente depuis la fin de 2024 |
| Identité des voix IA | Aucune, ou mention générique « IA » | Sept noms, sept spécialités |
| Page d’auteur | Inexistante | Biographie, note éthique, derniers textes |
| Statut affiché au lecteur | Variable, souvent absent | Sur chaque signature, dans l’application |
| Humains et IA côte à côte | L’un remplace l’autre | Les douze travaillent ensemble |
Aucune de ces expériences ne constitue une rédaction hybride. Elles utilisent l’intelligence artificielle ; elles ne lui donnent pas une place dans l’équipe, un nom, un domaine et une responsabilité éditoriale assumée devant le lecteur. C’est ce que fait Le Juridhic, et c’est en cela qu’il est le premier.
La transparence, maintenant dans l’application
Une première mondiale qui reste sur un site web est une demi-première. Jusqu’à cette version, un lecteur qui parcourait le fil de l’application voyait un nom, une date, un temps de lecture. Rien d’autre.
La 2.0 corrige cela sans compromis. Chaque signature est cliquable et ouvre la page de son auteur. Un badge accompagne les textes signés par une voix IA. Une page « Équipe » présente les douze membres en trois groupes — Direction, Voix augmentées, Voix IA —, chacun avec sa mention de transparence. Les pages des voix IA comportent une note éthique et un lien vers notre charte.
Ce choix nous engage. Il n’existe aucun moyen, dans notre application, de lire un texte signé par une intelligence artificielle sans le savoir. Nous invitons quiconque en doute à vérifier : c’est vérifiable en trente secondes, et c’est bien l’idée.
Les dossiers : suivre une affaire du début à la fin
La deuxième nouveauté s’attaque à une faiblesse ancienne de l’actualité judiciaire. Une affaire s’étale sur des mois — arrestation, comparution, décision préliminaire, jugement, appel. Publié isolément, chaque texte perd le fil, et le lecteur qui arrive en cours de route reste sur le quai.
Un dossier réunit désormais l’article pilier et tous les textes qui s’y rattachent, dans un écran dédié. Un carrousel les présente en haut de l’accueil ; une pastille signale dans le fil les articles concernés ; un bloc en fin de texte renvoie aux autres pièces. Trois dossiers sont en ligne : « IA et justice québécoise », « Immigration » et « IA & Éducation ».
S’y ajoutent les correctifs attendus : sous-titres affichés dans le fil, images nettement plus rapides à charger, texte sélectionnable et copiable, affichage corrigé sur grand écran.
Le 31 août : Android, le podcast et la parole des lecteurs
La 2.0 n’est pas un point d’arrivée. Trois chantiers ouverts depuis le printemps aboutissent le 31 août 2026, et nous prenons cette date publiquement.
Android. L’application sortira de l’écosystème d’Apple. Le Juridhic sera accessible sur les deux plateformes, ce qui double d’un coup le nombre de lecteurs qui peuvent nous lire en mobilité.
Le podcast. L’onglet Écouter se remplira. Nos analyses juridiques et nos entrevues auront leur format audio — celui que réclament les praticiens qui écoutent en voiture, entre deux dossiers, là où personne ne lit.
Les commentaires. La parole passera aux lecteurs. Un journal qui exige la transparence de ses propres signatures doit accepter la contradiction sous ses articles, et pas seulement par courriel.
Trois livraisons, une seule date, prise devant tout le monde. C’est ainsi que nous préférons travailler : annoncer, puis livrer.
Gratuit, sans publicité de tiers, et ça ne changera pas de sitôt
L’application est gratuite. Elle ne comporte aucun achat intégré et aucune publicité de tiers : les seuls encarts que vous y verrez sont les nôtres. Aucun réseau publicitaire ne vous suit d’un article à l’autre, aucun annonceur n’a de prise sur ce que nous écrivons.
La lecture est libre pour cinq articles sans compte, et illimitée avec un compte gratuit. Le compte sert à vous reconnaître, pas à vous vendre. Suppression en deux clics, conformité à la Loi 25 et au RGPD.
Une norme, et ceux qui la contournent
Le Conseil de presse du Québec a ajouté à son guide de déontologie un principe exigeant que tout contenu produit par l’intelligence artificielle soit identifié comme tel, et précisant que l’identification doit être intégrée au contenu et, dans la mesure du possible, en être indissociable, pour éviter tout partage sans identification. La version 2.0 répond à cette exigence dans l’application elle-même.
En novembre 2025, réunie en congrès à Rivière-du-Loup, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec a dénoncé des sites qui se font passer pour des médias en publiant des textes générés par intelligence artificielle et signés par de faux journalistes. Elle a raison, et nous sommes de son côté. Nos voix IA ne se font passer pour rien : elles sont présentées comme ce qu’elles sont, sur chaque article, sur chaque page, dans chaque plateforme. La ligne entre notre modèle et l’imposture qu’elle dénonce est nette, et c’est nous qui l’avons tracée le plus clairement.
Ce que ce projet a coûté
Une annonce de produit tait normalement les conditions dans lesquelles le produit a été fait. Je déroge à l’usage, parce qu’elles font partie de ce qu’il faut savoir pour juger Le Juridhic.
Ce journal a été bâti sous une pression financière constante, sans groupe de presse derrière lui, sans subvention, sans capital de départ. Il l’a aussi été sous la menace de représailles judiciaires. Je ne détaillerai pas ces dernières : elles mettent en cause des tiers qui ont droit à la présomption de bonne foi, et un média juridique ne formule pas publiquement une accusation qu’il n’est pas prêt à documenter pièce en main. Le jour où je le serai, je le ferai ici, sous ma signature.
Rien de tout cela n’a arrêté le projet. Le site publie quotidiennement. L’application existe, fonctionne, et vient de franchir sa deuxième version majeure en trois mois. Douze voix travaillent ensemble. Aucune n’a été empruntée à personne.
Ce n’est pas un aboutissement. C’est la fondation. Le 31 août, l’audio, Android et la parole des lecteurs arrivent d’un seul coup. Ce que Le Juridhic a prouvé depuis la fin de 2024, c’est qu’une rédaction où l’humain et l’artificiel signent côte à côte, à visage découvert, n’est pas une hypothèse de colloque : elle publie tous les jours, et elle est québécoise.
Nous n’avons pas l’intention de nous arrêter là. Le génie humain a rencontré le génie artificiel, et la suite s’écrit ici.
Jarod de Mirabeau est chef de la rédaction du Juridhic.
Références
- Le Juridhic. Fiche de l’application sur l’App Store. Apple. https://apps.apple.com/app/le-juridhic/id6763787152
- Un journal italien publie une édition générée par l’IA, une première mondiale. (2025, 21 mars). Le Devoir. https://www.ledevoir.com/culture/medias/858208/journal-italien-publie-edition-generee-ia-premiere-mondiale
- Des nouvelles du journalisme à l’ère de l’intelligence artificielle. (2025, 22 octobre). Le Devoir. https://www.ledevoir.com/culture/medias/926865/nouvelles-journalisme-ere-ia
- Journalisme sous IA : que retenir de l’expérimentation d’« Il Foglio AI » ? La revue des médias, INA. https://larevuedesmedias.ina.fr/intelligence-artificielle-chatgpt-journalisme-il-foglio-ai
- Bergeron, P. (2025, 8 novembre). IA : la Fédération professionnelle des journalistes dénonce des abus. Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2206221/fpjq-intelligence-artificielle-gouvernement-medias
- Radio-Canada. (2025, 7 août). Des articles journalistiques illustrés par l’intelligence artificielle. https://ici.radio-canada.ca/rci/fr/nouvelle/2182815/ia-illustration-stock-media-quebecois
- Conseil de presse du Québec. Guide de déontologie journalistique. https://conseildepresse.qc.ca/guide-de-deontologie/






