Trois adolescents de 15 ans ont plaidé non coupable jeudi à la Chambre de la jeunesse de Montréal, dont un à une accusation de meurtre au deuxième degré, deux jours après qu’un homme de 22 ans eut été poignardé à mort dans un Walmart de Montréal-Nord. Leur âge change tout au dossier : tribunal, peines possibles, anonymat — la justice qui les attend n’est pas celle des adultes.
Les faits, d’abord, tels qu’établis publiquement. Mardi vers 16 h 30, une confrontation a éclaté entre un groupe d’individus et un homme de 22 ans dans le magasin à grande surface du boulevard Henri-Bourassa, à moins de 300 mètres d’un poste de quartier du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Blessé au haut du corps à l’arme blanche, l’homme — identifié par le Journal de Montréal comme Geovani Ray Robbins, un résident d’Edmonton, en Alberta — a succombé à ses blessures. Il s’agissait du neuvième meurtre de l’année sur le territoire du SPVM. Les policiers, qui ont visionné les images de vidéosurveillance, ont arrêté quatre suspects de 15 ans dès mercredi soir, dans Montréal-Nord et Saint-Léonard.
Trois accusés, trois rôles allégués distincts
La comparution de jeudi a précisé l’architecture du dossier. Un seul des adolescents est formellement accusé de meurtre au deuxième degré, c’est-à-dire non prémédité. Le deuxième fait face à une accusation de port d’arme dans un dessein dangereux, et le troisième à des chefs de complicité après le fait, de voies de fait graves et d’entrave à la justice. Le quatrième jeune arrêté a été remis en liberté sans accusation — pour l’instant : la procureure du Directeur des poursuites criminelles et pénales au dossier, Me Patricia Denis, a confirmé que l’enquête se poursuit et que d’autres accusations pourraient s’ajouter, contre lui comme contre les trois autres. Tous trois demeurent détenus au moins jusqu’à la semaine prochaine, avec interdiction de communiquer entre eux ou avec le quatrième jeune. Ils sont présumés innocents de tous les chefs, et rien n’établit publiquement, à ce stade, que les accusés et la victime se connaissaient.
Pourquoi on ne connaîtra pas leurs noms
Contrairement aux dossiers d’adultes, aucun média ne peut nommer ces accusés. La Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents (LSJPA) interdit de publier le nom d’un adolescent accusé, ou tout renseignement permettant de l’identifier — une interdiction qui survit, en principe, même à une déclaration de culpabilité. La logique est au cœur de la loi : un adolescent a une culpabilité morale présumée moins élevée que celle d’un adulte, et sa réadaptation passe par la possibilité de se reconstruire sans étiquette publique à vie. La Cour suprême a élevé cette présomption au rang de principe de justice fondamentale dans l’arrêt R. c. D.B., en 2008. L’anonymat tombe dans des cas limités, notamment si une peine pour adultes est ultimement imposée.
Quelles peines sont en jeu
C’est ici que l’écart avec la justice des adultes est le plus spectaculaire. Pour un adulte, le meurtre au deuxième degré emporte automatiquement l’emprisonnement à perpétuité, avec une admissibilité à la libération conditionnelle fixée entre 10 et 25 ans. Sous le régime de la LSJPA, la peine spécifique maximale pour la même infraction est de sept ans, dont un maximum de quatre ans en placement sous garde, le reste étant purgé sous surveillance dans la collectivité.
Le ministère public dispose toutefois d’un levier : demander l’assujettissement de l’adolescent à une peine pour adultes, possible pour les infractions graves avec violence commises à partir de 14 ans. Le fardeau repose alors entièrement sur la poursuite, qui doit convaincre le tribunal que la présomption de culpabilité morale moins élevée est repoussée et qu’une peine spécifique serait insuffisante. Si elle y parvient pour un meurtre au deuxième degré, l’adolescent reçoit la perpétuité — mais avec une admissibilité à la libération conditionnelle nettement devancée : entre cinq et sept ans pour un accusé qui avait moins de 16 ans au moment des faits, selon le Code criminel. Aucune indication, à ce stade, ne permet de dire si une telle demande sera présentée dans ce dossier.
| Meurtre au 2e degré | Accusé adulte | Accusé de 15 ans (LSJPA) |
|---|---|---|
| Tribunal | Cour supérieure (procès devant jury en règle générale) | Chambre de la jeunesse |
| Identité | Publique | Protégée, même après verdict (sauf exceptions) |
| Peine maximale | Perpétuité (admissibilité : 10 à 25 ans) | 7 ans, dont 4 sous garde — sauf assujettissement à une peine pour adultes |
| Si peine pour adultes | — | Perpétuité, admissibilité entre 5 et 7 ans (moins de 16 ans) |
Le dossier reviendra devant la Chambre de la jeunesse dès la semaine prochaine, vraisemblablement pour la suite des procédures sur la détention. D’ici là, l’enquête du SPVM se poursuit, le quatrième jeune demeure dans l’angle mort des accusations, et une communauté de Montréal-Nord — où le drame s’est joué à quelques pas d’un poste de police — attend de comprendre comment une altercation d’après-midi dans un commerce a coûté la vie à un homme de 22 ans.
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Références
La Presse. (2026, 4 juin). Meurtre dans un Walmart à Montréal : les adolescents accusés plaident non coupable. lapresse.ca
Radio-Canada. (2026, 4 juin). Meurtre dans un Walmart de Montréal-Nord : le SPVM arrête quatre adolescents. ici.radio-canada.ca
Noovo Info. (2026, 3 juin). Agression dans un Walmart à Montréal-Nord : un jeune homme tué. noovo.info
La Presse Canadienne. (2026, 4 juin). Quatre jeunes ont été arrêtés en lien avec le meurtre commis mardi à Montréal-Nord. lactualite.com
Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents, L.C. 2002, ch. 1, art. 3, 29, 42, 64, 110. Ministère de la Justice du Canada. laws-lois.justice.gc.ca
R. c. D.B., 2008 CSC 25. decisions.scc-csc.ca
Code criminel, L.R.C. (1985), ch. C-46, art. 745.1. laws-lois.justice.gc.ca






