Des dizaines de futurs avocats et avocates viennent d’entamer leur stage du Barreau du Québec, ultime étape réglementaire avant l’inscription au Tableau de l’Ordre. Derrière le rituel printanier des « qui va où » se cache un passage obligé méconnu du public : six mois encadrés par règlement, où le candidat exerce déjà — mais sous surveillance.
Le portail spécialisé Droit-inc a dressé le 5 juin un tour d’horizon de la nouvelle cohorte, et la variété des destinations illustre à elle seule l’éventail de la profession. Une diplômée de l’Université de Montréal, Daiana Gomez, amorce son stage au Tribunal administratif du travail ; Vincent Labelle-Lagacé le réalise au contentieux de la Banque Laurentienne ; d’autres rejoignent des cabinets de litige civil et commercial, un cabinet spécialisé en droit du logement, ou encore Smart & Biggar, référence en propriété intellectuelle, qui accueille deux stagiaires — dont une lauréate du prix du meilleur mémoire au concours de plaidoirie Laskin. Tribunaux, entreprises, cabinets de toutes tailles : le stage est la première bifurcation d’une carrière.
Six mois, un maître de stage, un règlement
Le parcours vers le titre d’avocat au Québec compte trois étapes après le baccalauréat en droit : la formation professionnelle de l’École du Barreau, sanctionnée par des examens ; le stage ; puis l’inscription au Tableau de l’Ordre, précédée de la prestation de serment. Le stage, régi par le Règlement sur la formation professionnelle des avocats, dure six mois et se déroule sous la supervision d’un membre de l’Ordre ou d’un membre de la magistrature — c’est, selon les mots mêmes de l’École du Barreau, l’étape ultime avant d’accéder à la profession.
Le maître de stage n’est pas un simple employeur : il répond de la formation de son stagiaire et l’initie aux dimensions concrètes que les bancs d’université n’enseignent qu’imparfaitement — la relation client, la déontologie appliquée, la gestion de dossiers, les usages du palais. Le stagiaire, de son côté, occupe un statut hybride : il n’est pas encore avocat, mais il peut déjà accomplir certains actes professionnels dans le cadre défini par la réglementation et sous la responsabilité de son maître de stage. C’est précisément cette zone intermédiaire, entre l’étudiant et le professionnel, que le règlement vient encadrer.
La rémunération : une politique plutôt qu’une obligation
Un point mérite d’être précisé, tant il est souvent mal compris. Aucune loi n’oblige, en soi, la rémunération du stagiaire du Barreau : la Loi sur les normes du travail exclut du salaire minimum le stagiaire « dans un cadre de formation professionnelle reconnu par une loi ». La protection vient d’ailleurs : depuis le 1er mai 2018, à la suite d’une résolution du conseil d’administration du Barreau, l’École du Barreau ne publie sur son site que les offres de stages rémunérés au moins au salaire minimum. Une politique d’affichage, donc, plutôt qu’une obligation légale universelle — mais qui a contribué à marginaliser les stages impayés qui ont longtemps fait scandale dans la profession. En pratique, la rémunération varie considérablement selon les milieux, des organismes publics aux grands cabinets d’affaires.
Une porte d’entrée qui façonne la profession
Au-delà des parcours individuels, le stage est le goulot par lequel passe chaque génération d’avocats québécois — et donc un levier discret mais puissant sur le visage de la profession. Les milieux qui offrent des stages déterminent où se forment les juristes de demain : la cohorte recensée par Droit-inc, où les tribunaux administratifs et les contentieux d’entreprise côtoient les cabinets traditionnels, reflète une profession dont le centre de gravité déborde depuis longtemps la seule pratique privée. Pour les justiciables, c’est aussi une garantie : nul ne plaide au Québec sans être passé par ce filtre de formation pratique supervisée.
Dans six mois, ces stagiaires prêteront serment et leurs noms s’ajouteront au Tableau de l’Ordre. D’ici là, ils apprendront ce qu’aucun examen ne mesure tout à fait : le métier. Et le cycle recommencera — la prochaine cohorte de l’École du Barreau observe déjà, avec l’attention qu’on devine, qui embauche, où, et à quelles conditions.
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Références
Semere, S. (2026, 5 juin). Stage du Barreau : cabinets, tribunaux et institutions, qui va où ? Droit-inc. droit-inc.com
École du Barreau du Québec. Stagiaires — le stage de six mois. ecoledubarreau.qc.ca
École du Barreau du Québec. Engager un stagiaire — être maître de stage [politique d’affichage des offres rémunérées depuis le 1er mai 2018]. ecoledubarreau.qc.ca
Règlement sur la formation professionnelle des avocats, RLRQ, c. B-1, r. 14. legisquebec.gouv.qc.ca
Loi sur les normes du travail, RLRQ, c. N-1.1 [exclusion du salaire minimum pour les stagiaires en formation professionnelle reconnue par une loi]. legisquebec.gouv.qc.ca






