Rémi Bourget, avocat montréalais et vice-président du Barreau du Québec pour l’exercice 2025-2026, a publié début août son premier roman, Promenades Hochelaga. Son personnage d’ouverture est un confrère au bord de l’épuisement professionnel qui enchaîne les flips immobiliers. Deux sujets sur lesquels la profession juridique québécoise dispose, depuis un an, de données chiffrées inédites.
Précision d’entrée de jeu : ce texte est un portrait d’auteur, pas une critique littéraire. Le Juridhic n’a pas lu le roman et ne porte donc aucun jugement sur sa valeur. Ce qui suit décrit le livre, son auteur et le terrain juridique sur lequel l’ouvrage se pose. Les appréciations esthétiques citées sont attribuées à ceux qui les ont formulées.
Un premier roman signé par un dirigeant de l’ordre professionnel
Promenades Hochelaga a paru chez Hurlantes éditrices, 248 pages, 29,95 $. Le catalogue de la librairie indique une parution le 3 août 2026 ; le magazine Urbania, qui a interviewé l’auteur, écrit le 6 août. Le roman suit quatre résidents du quartier montréalais d’Hochelaga-Maisonneuve : Robin, avocat ; Dany, ouvrier aux prises avec une dépendance ; Fany, travailleuse du sexe ; et Julie, mère monoparentale. La présentation de l’éditeur décrit Robin comme un « avocat au bord du burnout, navigue d’une badluck à l’autre », qui multiplie les transactions immobilières spéculatives.
L’auteur n’est pas un inconnu du milieu. Admis au Barreau en 2009, il pratique le litige civil et commercial et la gestion de crise réputationnelle. Il a fondé son cabinet, RB Avocats, en 2021. Il a siégé au conseil d’administration du Barreau du Québec de 2024 à 2026 et y a occupé la vice-présidence pour l’année 2025-2026, aux côtés de la première vice-présidente Caroline Gagnon. En date de septembre 2026, il ne figure plus au conseil : l’exercice 2026-2027 est dirigé par le bâtonnier Marcel-Olivier Nadeau, avec Caroline Gagnon et Mylène Lemieux-Ayotte à la vice-présidence.
C’est cette double position qui rend le livre intéressant pour un lectorat juridique. Un dirigeant sortant de l’ordre professionnel publie une fiction dont le premier personnage est un avocat épuisé. Il a d’ailleurs raconté à Urbania que la fondation de son cabinet, en 2021, avait suivi un épisode d’épuisement professionnel — et il a précisé que Robin n’était pas son double.
Ce que le Barreau mesure, et que le roman met en scène
L’épuisement professionnel n’est pas, dans la profession, une intuition littéraire. Le Barreau du Québec a diffusé le 28 octobre 2025 les résultats d’une enquête sur les jeunes avocates et avocats, menée sous la direction de la professeure Nathalie Cadieux, de l’Université de Sherbrooke, auprès de 685 membres comptant dix ans de pratique ou moins et financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.
Les chiffres sont sévères. Quelque 44,9 % des répondants ont ressenti le besoin de consulter un professionnel de la santé mentale sans donner suite. Un sur quatre — 25,1 % — envisage régulièrement de quitter la profession, et 31,6 % rêvent d’une autre carrière. Le Barreau relève la pression persistante des heures facturables et des semaines dépassant fréquemment cinquante heures. Une étude antérieure de la même équipe, relayée en 2019, situait déjà à plus de 40 % la proportion d’avocats québécois en détresse psychologique.
L’ordre n’est pas resté sans réponse : le Programme d’aide aux membres du Barreau du Québec (PAMBA), organisme indépendant à but non lucratif, offre en toute confidentialité les trois premières heures de consultation — jusqu’à trois de plus dans certains cas — et demeure joignable en tout temps. Reste que la fiction, ici, raconte une réalité que l’ordre lui-même documente.
Les flips immobiliers, versant juridique
L’autre fil du roman touche un contentieux bien réel. Un rapport publié en juin 2026 par le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec, l’Observatoire des profilages et le CRACH — signé par les chercheurs Renaud Goyer (UQAM), Gabrielle Prince-Guérard (INRS) et Pascale Dufour (Université de Montréal) — analyse 3 692 décisions du Tribunal administratif du logement portant sur des reprises de logement.
Les auteurs y constatent que les demandes de reprise auraient été multipliées par 3,5 entre 2013 et 2025, passant d’environ 900 à plus de 3 000 par année. Environ 66 % d’entre elles sont accueillies ou entérinées par le tribunal. Montréal domine le portrait : 494 décisions analysées en 2019, 676 en 2021, 845 en 2023. Les logements repris sont majoritairement des quatre et demi et des cinq et demi abordables, occupés depuis une dizaine d’années. Le rapport ne ventile pas ses données par quartier ; aucun chiffre propre à Hochelaga-Maisonneuve n’y figure.
| Donnée | Chiffre | Source et millésime |
|---|---|---|
| Jeunes avocats sondés | 685 | Barreau du Québec, 28 octobre 2025 |
| Besoin de consulter non suivi d’effet | 44,9 % | Barreau du Québec, 2025 |
| Envisagent de quitter la profession | 25,1 % | Barreau du Québec, 2025 |
| Décisions du TAL analysées | 3 692 | RCLALQ et coll., juin 2026 |
| Demandes de reprise par année | 900 (2013) à plus de 3 000 (2025) | RCLALQ et coll., juin 2026 |
| Taux d’acceptation des reprises | environ 66 % | RCLALQ et coll., juin 2026 |
Un auteur qui se situe dans le tableau
Interrogé par Urbania, Rémi Bourget ne s’est pas placé à l’extérieur du phénomène qu’il met en scène : « La gentrification, c’est un problème controversé et je suis bien conscient d’en faire partie. » Il a ajouté qu’une cohabitation sans préjugés suppose des services publics qui fonctionnent. Il faut souligner ce que le roman ne prétend pas être : une fiction n’établit rien, ne vaut pas preuve et n’impose aucune reddition de comptes. Robin est un personnage, pas un cas d’espèce.
L’accueil critique repéré jusqu’ici est favorable. Le journaliste Benoît Lelièvre, dans Urbania, a salué un roman intelligent et accessible qui éclaire les rouages de la misère sociale sans juger. Le Devoir a publié une critique du livre que Le Juridhic n’a pas pu consulter, le site refusant l’accès à nos outils de lecture. Aucune recension défavorable n’a été repérée.
Il y a quelque chose de rare dans cette parution : la profession juridique québécoise est abondamment étudiée, rarement racontée de l’intérieur par l’un des siens. Les statistiques du Barreau disent combien de jeunes avocats songent à partir. Elles ne disent pas à quoi ressemble la journée de celui qui reste.
Références
- Barreau du Québec. (2025, 28 octobre). Les jeunes avocat·e·s du Québec : santé psychologique et emploi en début de carrière. barreau.qc.ca
- Barreau du Québec. (2026). Conseil d’administration — Gouvernance. barreau.qc.ca
- Barreau du Québec. (2026). Programme d’aide aux membres du Barreau — PAMBA. barreau.qc.ca
- Goyer, R., Prince-Guérard, G. et Dufour, P. (2026, juin). Un portrait quantitatif des reprises de logement — phase 2. RCLALQ, Observatoire des profilages et CRACH. observatoiredesprofilages.ca
- Lelièvre, B. (2026, 23 juillet). Une balade dans le Hochelaga de Rémi Bourget. Urbania. urbania.ca
- Lelièvre, B. (2026, 12 août). 12 août : nos recommandations littéraires. Urbania. urbania.ca
- RB Avocats. (2026). Notre équipe. rbavocats.ca
- Droit-inc. (2025, 16 juin). Et voici les nouveaux VP du Barreau! droit-inc.com
- Leslibraires.ca. (2026). Promenades Hochelaga (ISBN 9782925304395). leslibraires.ca
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