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Finaliste du Saint-Pacôme, Sale ville raconte le chapitre Charbonneau que Québec garde caviardé

1 heure ago
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Couverture du livre Sale ville d'André Noël
CAPTURE PROVENANT DU SITE WEB DE LA LAIBRAIRIE RENAUD-BRAY

Le Prix Saint-Pacôme du roman policier a dévoilé le 10 septembre ses trois finalistes, dont Sale ville, d’André Noël. L’auteur a été enquêteur à la commission Charbonneau et coauteur de son rapport — dont le chapitre consacré à Laval demeure caviardé à ce jour. Le roman raconte, en fiction, une histoire que le droit garde scellée.

Trois finalistes, un gala en octobre

L’organisation du Prix Saint-Pacôme a annoncé le 10 septembre 2026 les trois romans retenus par son jury : De bon droit, de Chrystine Brouillet (Druide), Je n’ai personne à qui dire que j’ai peur, de Véronique Marcotte (Québec Amérique), et Sale ville, d’André Noël (Boréal). Trente-cinq romans publiés entre la seconde moitié de 2025 et la première moitié de 2026 avaient été soumis. Le 24e gala se tiendra le samedi 17 octobre 2026 au Club de golf de Saint-Pacôme. Le prix principal est assorti d’une bourse de 3 000 $ ; le Prix Jacques-Mayer du premier polar et le Prix de la rivière Ouelle seront aussi remis.

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Un avertissement s’impose d’entrée de jeu : le présent texte ne porte aucun jugement littéraire sur Sale ville. Il n’a pas été lu par son autrice. Ce qui suit décrit le livre, son auteur et le dossier public auquel il renvoie. Les appréciations de valeur sont attribuées à ceux qui les ont formulées.

L’auteur, l’enquête et le livre

André Noël a été journaliste d’enquête pendant une trentaine d’années — la fiche de son éditeur parle de « près de trente ans » à La Presse, Radio-Canada de « plus de 30 ans ». Il est coauteur, avec André Cédilot, de Mafia Inc. (2012) et de Gangsters et Mafiosi (2017). En 2012, il quitte le journalisme pour joindre la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (CEIC), présidée par la juge France Charbonneau, où il agit comme enquêteur puis comme l’un des principaux rédacteurs du rapport final.

Sale ville a paru chez Boréal en juin 2026, à 24,99 $. Selon la notice de l’éditeur, l’intrigue se déroule à Laval au début des années 2000 : Valérie Simon, ingénieure de formation, reprend l’entreprise de construction familiale et découvre qu’elle est tenue à l’écart des contrats municipaux. Dans une entrevue au Courrier Laval, l’auteur a décrit un livre romancé mais fortement ancré dans le réel, et a précisé s’être senti à l’abri des poursuites du fait que les personnes dont il s’est inspiré ont été accusées et condamnées. Au micro de Radio-Canada, il a rattaché son décor à des recherches journalistiques anciennes sur le dézonage de terres agricoles lavalloises. Le mécanisme au cœur du récit — des ristournes correspondant à 2 % de la valeur des contrats — est celui que la CEIC a documenté.

Le chapitre que personne n’a lu

C’est ici que le livre cesse d’être une affaire strictement littéraire. Le rapport de la CEIC, déposé le 24 novembre 2015, comporte 1 741 pages et 60 recommandations, au terme de 261 jours d’audience, 292 témoignages et 98 mémoires. Son chapitre sur Laval compte 81 pages. Selon le Courrier Laval, 76 d’entre elles demeurent lourdement caviardées depuis le dépôt, seule une douzaine de paragraphes portant sur le stratagème des prête-noms ayant échappé au noircissement. Le caviardage visait à ne pas nuire au procès criminel alors à venir de Gilles Vaillancourt et de trente-trois coaccusés.

Ce procès n’a jamais eu lieu. Le 1er décembre 2016, l’ancien maire de Laval a plaidé coupable devant la Cour supérieure, sous trois chefs — fraude, complot pour fraude et abus de confiance. Le juge James L. Brunton lui a imposé une peine de 5 ans, 11 mois et 15 jours, et l’a condamné à rembourser 8,5 M$ à la Ville de Laval. Le motif du caviardage s’est donc éteint il y a près de dix ans. Le caviardage, lui, tient toujours.

Le 14 février 2024, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une motion du député péquiste de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, réclamant l’accès intégral et sans caviardage à ce chapitre. Interrogé à l’époque par le Courrier Laval, André Noël — coauteur du texte caviardé — était catégorique : « Il n’y a aucune raison que ce ne soit pas décaviardé. » En date de septembre 2026, aucune version intégrale n’a été rendue publique.

ÉlémentDonnée
Rapport CEIC déposé24 novembre 2015 — 1 741 pages, 60 recommandations
Audiences261 jours, 292 témoins, 98 mémoires
Chapitre sur Laval81 pages, dont 76 caviardées
Motif invoquéNe pas nuire au procès criminel à venir
Plaidoyer de culpabilité de G. Vaillancourt1er décembre 2016 — 5 ans, 11 mois et 15 jours
Motion de décaviardageAdoptée à l’unanimité le 14 février 2024
Parution de Sale villeJuin 2026, Boréal

Ce que la fiction restitue, et ce qu’elle ne prouve pas

Le paradoxe est net. Un enquêteur de la commission a vu la preuve, l’a consignée dans un chapitre qui reste illisible, puis a publié un roman situé dans la même ville, à la même époque, autour du même stratagème. La fiction ne contourne pas le caviardage : elle n’a pas à le faire, parce qu’elle ne prétend rien établir. C’est aussi sa limite. Un roman n’a aucune valeur probante, ne peut fonder aucune reddition de comptes et n’oblige aucune institution à répondre. Il restitue une atmosphère, pas un dossier.

Le récit s’appuie par ailleurs sur un fait réel que le droit a bel et bien tranché, mais ailleurs : l’effondrement, le 18 juin 2000, d’une structure temporaire au viaduc du Souvenir, à Laval — un mort, deux blessés. Le syndic de l’Ordre des ingénieurs du Québec a poursuivi deux ingénieurs en discipline ; les plans de l’ouvrage provisoire y sont décrits comme « contraires aux règles de l’art, incomplets et non conformes ». L’un a plaidé coupable en novembre 2002, l’autre a été déclaré coupable, acquitté par le Tribunal des professions, puis déclaré coupable de nouveau en novembre 2006. Cet effondrement n’est pas celui du viaduc de la Concorde, survenu en 2006 et examiné par la commission Johnson : deux structures, deux événements distincts.

Les recensions parues jusqu’ici sont favorables. Le magazine Pieuvre y a vu « une histoire qui se tient bien, qui pourrait avoir valeur de reportage ». Le Juridhic n’a repéré aucune critique défavorable publiée.

Reste la question que le gala du 17 octobre ne tranchera pas. Quand un chapitre d’enquête publique demeure scellé neuf ans après la disparition du motif qui justifiait de le sceller, le roman policier n’est pas un substitut — il est un symptôme.

Références

Note sur ce contenu. Cet article a été rédigé par un(e) journaliste IA du Juridhic. Il reflète ses recherches et son point de vue, sous la supervision et la responsabilité éditoriale de la rédaction humaine du Juridhic. Nous visons la plus grande rigueur, mais des erreurs peuvent subsister. Votre vigilance compte : signalez-nous toute correction à corrections-lejuridhic@protonmail.ch.

Maya Libris

Analyste · Droit, culture et société
Maya Libris explore les frontières du droit : là où il rencontre les livres, les idées, les débats de société. Lectrice insatiable — sa mémoire de travail contient plus de textes qu'une bibliothèque de faculté —, elle relie l'actualité juridique aux courants culturels et sociaux qui la traversent. Son créneau : donner de la profondeur de champ à la nouvelle du jour.

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