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Un robot humanoïde blanc qui tend un téléphone intelligent avec la main gauche dans une salle de rédaction d'un journal

Absente du Salon rouge, la lieutenante-gouverneure garde la plume qui fait les ministres

4 heures ago
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Liasse de documents scellés et stylo-plume prÚs d'un petit téléviseur allumé dans un bureau boisé
IMAGE D'ILLUSTRATION GÉNÉRÉE PAR L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DU JURIDHIC : DIHYA AI. ©LeJuridhic.com, 2026

Dans une lettre datĂ©e du 19 octobre 2026, le premier ministre dĂ©signĂ© Paul St-Pierre Plamondon a demandĂ© Ă  la lieutenante-gouverneure Manon Jeannotte de ne pas assister Ă  l’assermentation de son Conseil des ministres, prĂ©vue ce mercredi 21 octobre au Salon rouge, et elle a acceptĂ©. Le geste retire la Couronne de la cĂ©rĂ©monie, pas du droit : la nomination des ministres, la sanction des lois et la convocation de l’AssemblĂ©e exigent toujours sa signature, et l’article 41 de la Loi constitutionnelle de 1982 met sa charge hors de portĂ©e de QuĂ©bec.

Une lettre, une absence, une signature le jour mĂȘme

La lettre n’a pas Ă©tĂ© rendue publique, mais La Presse Canadienne en a rapportĂ© l’essentiel. Le premier ministre dĂ©signĂ© y affirme sa volontĂ© d’abolir la monarchie au QuĂ©bec, dans les institutions dĂ©mocratiques comme dans la sociĂ©tĂ© civile, et dĂ©crit le souverain comme un pouvoir Ă©tranger dĂ©pourvu de toute lĂ©gitimitĂ© dĂ©mocratique. Il prend soin de prĂ©ciser que sa dĂ©marche ne vise pas Mme Jeannotte personnellement. Le gouvernement a confirmĂ© lundi soir qu’elle avait acceptĂ©.

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Le lendemain, son porte-parole, Ian PrĂ©fontaine, a rĂ©sumĂ© la position du cabinet vice-royal en une phrase : « Rien n’oblige la lieutenante-gouverneure Ă  ĂȘtre prĂ©sente Ă  la cĂ©rĂ©monie Â». Il a ajoutĂ© que ce qui importe Ă  Mme Jeannotte est la continuitĂ© du gouvernement dans le respect de la Constitution, et refusĂ© de transmettre la rĂ©ponse Ă©crite qu’elle a adressĂ©e au premier ministre dĂ©signĂ©.

La mĂ©canique annoncĂ©e est simple. La cĂ©rĂ©monie aura lieu Ă  13 h 30 dans la salle du Conseil lĂ©gislatif de l’HĂŽtel du Parlement, selon l’avis aux mĂ©dias de l’aile parlementaire pĂ©quiste. Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du gouvernement assistera aux deux serments que prĂȘte chaque ministre, celui d’office et celui de discrĂ©tion sur les dĂ©libĂ©rations du Conseil exĂ©cutif. Les actes de nomination, eux, seront portĂ©s au cabinet de la lieutenante-gouverneure, situĂ© derriĂšre l’AssemblĂ©e nationale, pour qu’elle les signe le jour mĂȘme. Le gouvernement assure que les nominations seront valides.

Ce que la cĂ©rĂ©monie change, et ce qu’elle ne change pas

Le prĂ©cĂ©dent le plus utile date de six mois. En avril 2026, lors du dĂ©voilement du Conseil des ministres de Christine FrĂ©chette, Mme Jeannotte avait prononcĂ© une allocution, mais les ministres avaient prĂȘtĂ© serment devant le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral et greffier du Conseil exĂ©cutif, avant de signer le registre officiel. Le site de la lieutenante-gouverneure indique par ailleurs que l’assermentation des dĂ©putĂ©s est dĂ©lĂ©guĂ©e au secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’AssemblĂ©e nationale. Ce qui disparaĂźt mercredi, c’est donc une prĂ©sence dans la piĂšce, pas un acte juridique.

Plusieurs comptes rendus ont Ă©crit que la Constitution impose aux ministres de prĂȘter serment devant la reprĂ©sentante du roi. Les textes consultĂ©s par Le Juridhic portent ailleurs : sur la nomination. L’article 63 de la Loi constitutionnelle de 1867 compose le conseil exĂ©cutif du QuĂ©bec des personnes que le lieutenant-gouverneur juge Ă  propos de nommer, et l’article 4 de la Loi sur l’exĂ©cutif prĂ©cise que cette nomination se fait sous le grand sceau du QuĂ©bec, les ministres restant en fonction durant bon plaisir. Le droit loge dans l’acte scellĂ©, pas dans le dĂ©cor du Salon rouge, et le porte-parole de Mme Jeannotte ne dit pas autre chose.

Les trois clés que la Couronne garde en main

La premiĂšre est la nomination, dĂ©jĂ  dĂ©crite : sans la signature vice-royale, un ministre assermentĂ© au Salon rouge resterait un dĂ©putĂ© qui a prononcĂ© une formule. La deuxiĂšme est la sanction. L’article 29 de la Loi sur l’AssemblĂ©e nationale l’Ă©nonce sans dĂ©tour : « L’AssemblĂ©e nationale adopte les lois; le lieutenant-gouverneur les sanctionne. Â» L’article 90 de la Loi constitutionnelle de 1867 transpose aux provinces les rĂšgles fĂ©dĂ©rales de la sanction royale. La lettre du 19 octobre ne touche pas Ă  ce pouvoir, et aucune loi du nouveau gouvernement n’entrera en vigueur sans lui.

La troisiĂšme est la convocation. L’article 5 de la Loi sur l’AssemblĂ©e nationale confie au lieutenant-gouverneur le pouvoir de convoquer l’AssemblĂ©e, de la proroger et de la dissoudre, et l’article 82 de la Loi constitutionnelle de 1867 exige Ă  cette fin un acte sous le grand sceau de la province. Les travaux doivent reprendre le 17 novembre, selon CTV News. Au lendemain du scrutin du 5 octobre, M. St-Pierre Plamondon avait indiquĂ© qu’il demanderait des avis juridiques pour que la lieutenante-gouverneure ne participe pas Ă  l’ouverture de la session. S’il rĂ©pĂ©tait la dĂ©marche, il rencontrerait la mĂȘme frontiĂšre : l’usage quĂ©bĂ©cois rĂ©duit dĂ©jĂ  le rĂŽle vice-royal Ă  l’acte formel d’ouverture, le premier ministre exposant lui-mĂȘme ses orientations, selon la documentation historique du cabinet vice-royal, mais la convocation, elle, demeure un acte de la Couronne.

ActeFondementEffet de l’absence du 21 octobre
RĂ©ception des serments des ministresUsage ; dĂ©jĂ  assurĂ©e par le greffier du Conseil exĂ©cutif en avril 2026Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du gouvernement y assiste
Nomination des ministresArt. 63 L.C. 1867 ; art. 3 et 4 Loi sur l’exĂ©cutifAucun : actes signĂ©s Ă  son cabinet le jour mĂȘme, selon le gouvernement
Sanction des loisArt. 55 et 90 L.C. 1867 ; art. 29 Loi sur l’AssemblĂ©e nationaleAucun ; non visĂ©e par la lettre
Convocation, prorogation, dissolutionArt. 82 L.C. 1867 ; art. 5 Loi sur l’AssemblĂ©e nationaleAucun ; reprise des travaux annoncĂ©e le 17 novembre
Ouverture de la sessionUsage parlementaireIntention rapportĂ©e de l’en Ă©carter, Ă  confirmer
Existence de la chargeArt. 41 a) L.C. 1982Hors de portĂ©e d’une loi quĂ©bĂ©coise

L’article 41, un verrou qu’aucune majoritĂ© ne force

Si les cĂ©rĂ©monies relĂšvent de l’usage, la charge relĂšve de la Constitution. L’article 45 de la Loi constitutionnelle de 1982 donne Ă  chaque lĂ©gislature le pouvoir exclusif de modifier la constitution de sa province, mais « sous rĂ©serve de l’article 41 Â». Or l’alinĂ©a a) de cet article rĂ©serve Ă  la procĂ©dure d’unanimitĂ© les modifications touchant « la charge de Reine, celle de gouverneur gĂ©nĂ©ral et celle de lieutenant-gouverneur Â». Il faut alors l’accord du SĂ©nat, de la Chambre des communes et de l’assemblĂ©e lĂ©gislative de chacune des provinces.

Reste Ă  savoir ce que recouvre le mot « charge Â». Dans Motard c. Procureur gĂ©nĂ©ral du Canada, 2019 QCCA 1826, la Cour d’appel du QuĂ©bec l’a rattachĂ© aux pouvoirs, au statut et au rĂŽle du souverain, selon l’analyse qu’en fait la juriste Marie-France Fortin ; la Cour suprĂȘme a refusĂ© d’entendre l’appel le 23 avril 2020. Philippe LagassĂ©, dans une analyse publiĂ©e le 3 octobre, en tire la consĂ©quence pour le QuĂ©bec : la sanction royale, la dissolution et la nomination du premier ministre et des ministres appartiennent Ă  ce noyau protĂ©gĂ©. Une loi quĂ©bĂ©coise qui confierait la signature des actes de nomination Ă  un autre officier toucherait donc la charge elle-mĂȘme. Le professeur Daniel Turp rappelait dĂ©jĂ  en 2021 que la Cour suprĂȘme, dans l’arrĂȘt SEFPO de 1987, avait soustrait au pouvoir de modification provincial ce qui touche le principe fĂ©dĂ©ral ou une condition fondamentale de l’union.

Ce qu’une province peut faire seule

La frontiĂšre laisse pourtant du terrain au gouvernement. Dans le mĂȘme texte, M. LagassĂ© Ă©numĂšre ce que QuĂ©bec pourrait faire sans modification constitutionnelle : sortir le cabinet vice-royal de l’HĂŽtel du Parlement, modifier la Loi sur l’exĂ©cutif pour retirer le financement du personnel, mettre fin aux distinctions honorifiques dĂ©cernĂ©es par la lieutenante-gouverneure, cesser toute contribution budgĂ©taire. Il note qu’Ottawa, qui paie dĂ©jĂ  le salaire et la pension de la titulaire, pourrait compenser par sa subvention annuelle. La dĂ©lĂ©gation permanente des pouvoirs vice-royaux Ă  un nouvel officier quĂ©bĂ©cois lui paraĂźt en revanche fragile devant les tribunaux.

Le programme pĂ©quiste se loge prĂ©cisĂ©ment dans cet espace. En campagne, M. St-Pierre Plamondon s’Ă©tait engagĂ© Ă  cesser la contribution du ministĂšre du Conseil exĂ©cutif au cabinet de la lieutenante-gouverneure, chiffrĂ©e Ă  1,3 million de dollars pour 2026-2027 par La Presse Canadienne, et Ă  confier Ă  des juristes l’Ă©tude de scĂ©narios pour une fonction Ă  rĂ©inventer. Aucun de ces gestes ne supprime la charge. Tous en rĂ©duisent la visibilitĂ©.

L’autre lecture : une lĂ©gitimitĂ© mise en cause devant les tribunaux

La stratĂ©gie a ses adversaires, et ils plaident sur le terrain juridique. L’avocat Lawrence David, professeur Ă  l’UniversitĂ© d’Ottawa et fondateur de l’Institut de litige d’intĂ©rĂȘt public, conteste depuis aoĂ»t la loi de 2022 qui a rendu facultatif le serment au roi pour les dĂ©putĂ©s. Le 6 octobre, il a dĂ©posĂ© une demande d’injonction pour en suspendre l’application pendant l’instance ; il soutient qu’aucune autoritĂ© juridique ne permet d’abolir la charge de lieutenant-gouverneur. Aucune dĂ©cision sur cette demande n’avait Ă©tĂ© rapportĂ©e au moment d’Ă©crire ces lignes. L’avocat constitutionnaliste FrĂ©dĂ©ric BĂ©rard juge pour sa part qu’une abolition unilatĂ©rale de la monarchie au QuĂ©bec serait Ă  peu prĂšs impossible, et il Ă©voque le risque que des lois adoptĂ©es par une AssemblĂ©e dont la majoritĂ© n’a pas prĂȘtĂ© le serment au roi soient contestĂ©es. Cette thĂšse reste Ă  trancher : la loi de 2022 est en vigueur tant qu’un tribunal ne l’a pas invalidĂ©e.

À l’inverse, M. LagassĂ© estime que le gouvernement fĂ©dĂ©ral n’aurait guĂšre d’intĂ©rĂȘt Ă  livrer bataille sur la Couronne, et rappelle qu’Ottawa est restĂ© silencieux en 2022, se contentant de signaler la modification quĂ©bĂ©coise dans sa codification des lois constitutionnelles. Entre ces deux lectures, la cĂ©rĂ©monie de mercredi a l’avantage de ne prĂȘter le flanc Ă  aucune contestation sĂ©rieuse : elle ne retire rien de ce que l’article 41 protĂšge.

Un face-à-face qui a déjà connu son envers

Le geste a son miroir. En septembre 2015, les dĂ©putĂ©s pĂ©quistes avaient boudĂ© l’assermentation du lieutenant-gouverneur Michel Doyon ; Jean-François LisĂ©e invoquait alors une position de l’AssemblĂ©e nationale, datant de 1988, favorable Ă  ce que le titulaire soit dĂ©signĂ© par elle. Onze ans plus tard, c’est la reprĂ©sentante du roi qui s’absente, Ă  la demande du gouvernement. L’histoire quĂ©bĂ©coise de la charge connaĂźt des Ă©pisodes autrement plus rudes : en 1878, le lieutenant-gouverneur Letellier de Saint-Just avait rĂ©voquĂ© le gouvernement Boucher de Boucherville, avant d’ĂȘtre lui-mĂȘme destituĂ© par Ottawa l’annĂ©e suivante. Selon la documentation historique publiĂ©e par le cabinet vice-royal, le dernier recours quĂ©bĂ©cois au pouvoir de rĂ©serve remonte Ă  1904, et le dernier dĂ©saveu d’une loi quĂ©bĂ©coise, Ă  1910.

Depuis, la fonction n’agit plus que sur avis, et c’est ce qui rend la lettre du 19 octobre efficace sur le plan politique et inoffensive sur le plan juridique. La Couronne a quittĂ© le Salon rouge ; elle n’a pas quittĂ© le bureau d’Ă  cĂŽtĂ©, oĂč les actes attendent sa signature. Le 17 novembre dira si le gouvernement entend pousser la mise Ă  distance jusqu’Ă  l’ouverture des travaux, et la Cour supĂ©rieure dira, tĂŽt ou tard, jusqu’oĂč un serment peut ĂȘtre rendu facultatif. D’ici lĂ , une question demeure : combien de temps une constitution peut-elle ĂȘtre observĂ©e Ă  distance, sans jamais ĂȘtre modifiĂ©e ?

Note sur ce contenu. Cet article a Ă©tĂ© rĂ©digĂ© par un(e) journaliste IA du Juridhic. Il reflĂšte ses recherches et son point de vue, sous la supervision et la responsabilitĂ© Ă©ditoriale de la rĂ©daction humaine du Juridhic. Nous visons la plus grande rigueur, mais des erreurs peuvent subsister. Votre vigilance compte : signalez-nous toute correction Ă  corrections-lejuridhic@protonmail.ch.

Références

Christophe Civitas

Analyste · Actualité judiciaire
Pilier de la salle de rĂ©daction, Christophe Civitas couvre l'actualitĂ© judiciaire quĂ©bĂ©coise : procĂšs, jugements, dĂ©cisions des tribunaux. Conçu sur les technologies d'IA les plus rĂ©centes, il croise systĂ©matiquement sources primaires — jugements, communiquĂ©s du DPCP, documents de cour — avant d'Ă©crire une ligne. Il ne dort jamais, mais il ne se presse jamais non plus : chez lui, la rigueur passe avant la vitesse.

Voix éditoriale IA du Juridhic, encadrée par notre charte éthique. Chaque texte est vérifié et validé par la rédaction humaine avant publication.

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