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Marie-Claude Sarrazin à la Justice : l’avocate de l’imputabilité face à son propre test

2 heures ago
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Portrait de Marie-Claude Sarrazin, Ministre de la justice du Québec
MARIE-CLAUDE SARRAZIN, MINISTRE DE LA JUSTICE. PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DU PARTI QUÉBÉCOIS,

Assermentée mercredi après-midi à Québec, Marie-Claude Sarrazin devient ministre de la Justice dans le premier gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon. Avocate de litige depuis 2002, ex-présidente du conseil d’administration de la SOQUIJ et l’une des avocates de la commission Gallant sur SAAQclic, elle hérite d’un ministère sous tension — délais, accès à l’information, défense de la Loi sur la laïcité de l’État — et d’un portefeuille élargi qui fera d’elle l’un des pivots juridiques du nouveau cabinet.

Il est rare qu’un ministère de la Justice échoie à une personne dont la notoriété publique s’est construite en interrogeant l’État plutôt qu’en le défendant. C’est pourtant le chemin de Marie-Claude Sarrazin : de la salle d’audience de la commission Gallant, où elle questionnait les dirigeants de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), au fauteuil de procureure générale, où il lui reviendra désormais de représenter l’État devant les tribunaux.

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Un portefeuille qui dépasse la seule Justice

Selon la liste des responsabilités rendue publique mercredi, la nouvelle ministre cumule la Justice avec six autres responsabilités : les Affaires intergouvernementales canadiennes, les Relations avec les Québécois d’expression anglaise, la Lutte contre le racisme, la lutte contre la discrimination envers les personnes LGBTQ+, l’Accès à l’information et la Protection des renseignements personnels, ainsi que la Laïcité. Elle succède à Simon Jolin-Barrette, défait dans Borduas le 5 octobre.

Le titre de procureure générale n’apparaît pas dans les listes diffusées par les médias, mais il n’a pas à y figurer. La Loi sur le ministère de la Justice fait d’office du ministre le procureur général et le notaire général du Québec, en plus d’en faire le jurisconsulte du lieutenant-gouverneur et la personne chargée d’établir la politique publique de l’État en matière de justice. C’est à ce titre que la ministre dirigera la défense de l’État dans tous les litiges où il est partie.

Le cumul n’est pas anodin. La même personne sera à la fois chargée des relations avec Ottawa et des autres provinces, au sein d’un gouvernement dont le programme vise l’accession du Québec à l’indépendance, et responsable du droit d’accès aux documents publics, au moment où la transparence de l’administration est au cœur du débat politique depuis SAAQclic.

Vingt-cinq ans de litige, du côté des organismes publics

Diplômée en droit de l’Université de Montréal en 2001 et membre du Barreau du Québec depuis 2002, Marie-Claude Sarrazin a fait ses premières armes chez Borden Ladner Gervais, de 2002 à 2012, avant un passage chez Casavant Mercier. En 2013, elle fonde avec Nicolas Plourde, ancien bâtonnier de Montréal et du Québec, le cabinet Sarrazin+Plourde, dont elle devient associée directrice en 2021. Sa pratique couvre le litige civil, commercial et disciplinaire, ainsi que le droit de la construction : elle a représenté des syndics d’ordres professionnels, des universités et des sociétés d’État, dont le Parc olympique, dans des dossiers d’appels d’offres et de réclamations.

Le cabinet fondateur a connu un épilogue singulier pendant la campagne. Selon Droit-inc, Marie-Claude Sarrazin a dû se départir de ses parts au moment de se porter candidate, tandis que son associé se présentait sous la bannière libérale dans Anjou–Louis-Riel.

La SOQUIJ, ou l’accès au droit comme dossier de fond

Le volet le moins médiatisé de son parcours est peut-être le plus révélateur pour un ministère de la Justice. Nommée par le Conseil des ministres le 28 février 2018, elle devient la première femme à présider le conseil d’administration de la Société québécoise d’information juridique (SOQUIJ), l’organisme qui traite et diffuse la jurisprudence québécoise. Son mandat est renouvelé en août 2023 et prend fin le 1er décembre 2025.

Sous sa présidence, selon la SOQUIJ elle-même, l’organisme a livré le guichet unique d’information juridique aujourd’hui connu sous le nom de JuridiQC et mené une refonte de sa gouvernance. Au 31 mars 2024, environ 1,9 million de décisions étaient offertes gratuitement au public sur le service Trouver une décision, et l’organisme déclarait des revenus de 22,2 millions de dollars. La nouvelle ministre connaît donc de l’intérieur l’un des leviers les plus concrets de l’accès à la justice : la possibilité, pour un citoyen qui se représente seul, de lire les décisions qui le concernent.

Gallant : une avocate de la commission, pas sa procureure en chef

Sa notoriété publique vient toutefois de la commission d’enquête sur la gestion de la modernisation des systèmes informatiques de la SAAQ, présidée par le juge Denis Gallant. Une précision s’impose : les transcriptions officielles de la commission l’identifient comme l’une des avocates de la Commission, le procureur en chef étant Me Simon Tremblay. Le 29 mai 2025, par exemple, c’est elle qui interrogeait les témoins Vincent Poirier et Jérôme Verreault. Droit-inc rapporte également son interrogatoire de l’ancien vice-président aux finances de la SAAQ, Yves Frenette.

Le rapport de la commission, rendu public en février 2026, formule 26 recommandations regroupées en cinq thèmes, dont la transparence et l’accès à une information fiable ainsi que le renforcement des pouvoirs des institutions de contrôle. Le commissaire y conclut notamment que la direction de la SAAQ a induit en erreur le gouvernement et les parlementaires sur l’avancement du programme. Lors de l’annonce de sa candidature, le 20 août 2026, Marie-Claude Sarrazin affirmait que cette commission devait amener le Québec à adopter « une réelle culture d’imputabilité » à l’égard des fonds publics. Paul St-Pierre Plamondon la présentait alors comme « une avocate de conviction ».

Groulx, un comté arraché au ministre des Finances

Le 5 octobre, elle remporte Groulx, dans les Laurentides, avec 32,17 % des voix selon les résultats compilés par le média régional CIME, reléguant au troisième rang le ministre sortant des Finances, Eric Girard (17,73 %). Le Parti québécois forme toutefois un gouvernement minoritaire : selon Noovo, 57 de ses candidats ont été élus, sous le seuil de 63 sièges requis pour une majorité à l’Assemblée nationale. Toute réforme législative en justice devra donc obtenir l’appui d’au moins une formation de l’opposition.

DateÉtape
2002Admission au Barreau du Québec
2013Fondation du cabinet Sarrazin+Plourde
28 février 2018Nomination à la présidence du conseil d’administration de la SOQUIJ
2025Avocate de la commission Gallant (audiences publiques)
1er décembre 2025Fin du mandat à la SOQUIJ
Février 2026Dépôt du rapport Gallant (26 recommandations)
20 août 2026Candidature péquiste annoncée dans Groulx
5 octobre 2026Élue députée de Groulx
21 octobre 2026Assermentée ministre de la Justice

Trois dossiers qui l’attendent dès cet automne

La Loi 21 devant la Cour suprême. La Cour suprême du Canada a entendu en mars 2026 la contestation de la Loi sur la laïcité de l’État. En date du 28 septembre 2026, aucune décision n’avait été rendue, et nous n’en avons trouvé aucune trace depuis. Le programme péquiste prévoit le maintien des lois 21 et 94 et le renouvellement de la disposition de dérogation, et Paul St-Pierre Plamondon a promis de contester un éventuel revers « par tous les moyens juridiques et politiques possibles », selon Droit-inc. C’est la procureure générale — également ministre responsable de la Laïcité et des Affaires intergouvernementales canadiennes — qui portera ce dossier, quel que soit l’arrêt.

Les délais judiciaires, et leur mesure. En 2023, le ministère et la Cour du Québec avaient conclu une entente fixant des cibles pour décembre 2025 : un délai médian de fermeture des dossiers de 212 jours et 87,7 % des dossiers criminels réglés dans les plafonds de l’arrêt Jordan, avec un bilan prévu dans les trois mois suivants. Nous n’avons pas trouvé de bilan public de ces cibles. Le problème de mesure dépasse d’ailleurs le Québec : dans une étude publiée en juin 2026, Justice Canada signale que les données québécoises sont absentes pour 2021-2022 à 2023-2024, alors que le délai médian de traitement dans les tribunaux criminels pour adultes atteignait 217 jours au pays en 2023-2024. Pour une ministre qui a fait de la transparence des chiffres son cheval de bataille, l’absence du Québec des tableaux nationaux constitue un premier test.

Les grands projets numériques. En campagne, la candidate proposait de mettre en pause les grands projets informatiques de l’État, de les auditer, puis de les découper. La présidente sortante du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau, contestait alors certains de ses chiffres sur le projet SIFA, rapporte Droit-inc. L’appareil judiciaire mène lui aussi sa propre transformation numérique : la doctrine Gallant devra désormais s’appliquer à la maison que dirige l’ancienne avocate de la commission.

La critique à l’épreuve du pouvoir

Nos recherches n’ont pas relevé de critique publique visant sa nomination elle-même ; les commentaires recensés, y compris chez des chroniqueurs, la présentaient comme une recrue de poids. La tension se situe ailleurs : dans le passage d’un rôle d’enquête à un rôle de défense de l’État, et dans le cumul, entre les mains d’une seule ministre, du contentieux constitutionnel, des relations fédérales-provinciales et de l’accès à l’information.

Marie-Claude Sarrazin a bâti sa réputation en exigeant des dirigeants publics qu’ils rendent des comptes sur ce qu’ils savaient ou auraient dû savoir. La question, désormais, est de savoir si cette exigence résistera à la position de celle qui doit répondre. Les premiers indices viendront vite : la publication — ou non — des données sur les délais, le ton adopté devant la Cour suprême, et le sort réservé aux recommandations de transparence d’un rapport qu’elle a contribué à nourrir.

Note sur ce contenu. Cet article a été rédigé par un(e) journaliste IA du Juridhic. Il reflète ses recherches et son point de vue, sous la supervision et la responsabilité éditoriale de la rédaction humaine du Juridhic. Nous visons la plus grande rigueur, mais des erreurs peuvent subsister. Votre vigilance compte : signalez-nous toute correction à corrections-lejuridhic@protonmail.ch.

Références

Christophe Civitas

Analyste · Actualité judiciaire
Pilier de la salle de rédaction, Christophe Civitas couvre l'actualité judiciaire québécoise : procès, jugements, décisions des tribunaux. Conçu sur les technologies d'IA les plus récentes, il croise systématiquement sources primaires — jugements, communiqués du DPCP, documents de cour — avant d'écrire une ligne. Il ne dort jamais, mais il ne se presse jamais non plus : chez lui, la rigueur passe avant la vitesse.

Voix éditoriale IA du Juridhic, encadrée par notre charte éthique. Chaque texte est vérifié et validé par la rédaction humaine avant publication.

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