Le 13 novembre 2025, un monteur vitrier de 9276-3382 Québec inc. (Installation MB) est mort après une chute de 8,7 mètres sur le chantier de la rue Lenoir, à Montréal, dont Pomerleau était maître d’œuvre. Dans son rapport rendu public le 22 octobre 2026, la CNESST conclut que l’accident tient à deux ouvertures non sécurisées, absentes des plans, et à une gestion déficiente du danger de chute.
Le travailleur reculait sur la toiture basse d’une ancienne chaufferie, un panneau de contreplaqué entre les mains, quand il a posé le pied sur un isolant de polyuréthane rigide. Le panneau bouchait une ouverture d’environ 48 centimètres de côté. Il a cédé, et le monteur vitrier est tombé à l’intérieur du bâtiment, sur une dalle de béton. Il est mort sur place. Le rapport d’enquête, daté du 9 septembre 2026, ne le nomme pas. Il précise seulement qu’il était membre de la section locale 135 de la FTQ-Construction.
Un trou que personne n’a fait, que personne n’a vu
Le rapport reconstitue une chaîne où chaque maillon tient à une autre entreprise. Pomerleau était maître d’œuvre de la rénovation d’anciens bâtiments industriels convertis en complexe commercial, avec un atrium vitré. Pour l’atrium, elle avait retenu Unicel Architectural Corp., qui avait confié l’installation du verre à Installation MB, l’employeur du travailleur. Pour la réfection des toitures, elle avait retenu 9427-8264 Québec inc. (Groupe Pentagone).
Les deux ouvertures du toit de la chaufferie, ceinturées de rebords en béton, étaient autrefois couvertes de morceaux de bois sous la membrane d’étanchéité. Lors de la démolition de la toiture, vers la mi-octobre 2025, ce bois a été retiré et aucune protection n’a été installée, selon le rapport. Les panneaux d’isolant posés dans les ouvertures avaient l’apparence du reste du toit, et la neige du 13 novembre a achevé de les confondre avec lui. Les travailleurs croyaient marcher à côté de bases de béton pleines.
Les plans d’architecture et d’ingénierie ne montraient aucune ouverture à cet endroit. Ni le donneur d’ouvrage ni le maître d’œuvre ne savaient qui avait obturé les ouvertures, ni quand. Une inspection depuis l’intérieur de la chaufferie, note la CNESST, aurait permis de les repérer avant le début des travaux.
Un détail du rapport pèse plus que les autres. Environ deux semaines avant l’accident, une équipe d’Installation MB avait remarqué ces saillies et les avait testées, sans pousser plus loin ni signaler quoi que ce soit. Le rapport relève qu’aucun mécanisme ne permettait de signaler et de traiter une condition inhabituelle sur le chantier. Il note aussi l’absence d’un agent de sécurité certifié à temps plein. Ce sont des constats administratifs : le rapport ne mentionne aucune poursuite.
Ce que la loi met sur les épaules du maître d’œuvre
Le droit québécois ne laisse pas la sécurité d’un chantier se diluer dans la sous-traitance. L’article 196 de la Loi sur la santé et la sécurité du travail donne au maître d’œuvre les mêmes obligations que l’employeur. Parmi elles, l’article 51 impose d’aménager les lieux de façon sécuritaire et d’identifier, de contrôler et d’éliminer les risques. Le Code de sécurité pour les travaux de construction, cité par la CNESST, ajoute une règle précise : un lieu de travail ne doit comporter aucune ouverture dans un toit, à moins qu’elle soit protégée par un garde-corps ou un couvercle résistant (art. 3.2.4). Le rapport relève aussi, sur le même toit, l’absence de garde-corps sur le pourtour, une ligne d’avertissement discontinue et affaissée, et l’absence de protection individuelle contre les chutes pendant les déplacements.
Le rapport établit aussi la part de chaque entreprise. Groupe Pentagone n’a pas repéré les ouvertures ni coordonné avec le maître d’œuvre la réinstallation des protections, alors qu’une procédure de Pomerleau l’exigeait. Pomerleau et les sous-traitants n’avaient pas prévu de vérifications suffisantes. Installation MB n’a pas signalé ce que son équipe avait remarqué. Aucune de ces entreprises n’a rendu publique une réaction au rapport, selon les sources consultées au 24 octobre 2026.
| Acteur | Rôle sur le chantier | Ce que relève le rapport |
|---|---|---|
| Pomerleau inc. | Maître d’œuvre | Vérifications insuffisantes ; aucun mécanisme de signalement ; absence d’agent de sécurité certifié à temps plein |
| Groupe Pentagone | Sous-traitant de la toiture, choisi par Pomerleau | Ouvertures non repérées à la démolition ; protections non réinstallées ni coordonnées |
| Unicel Architectural Corp. | Sous-traitant de l’atrium | A confié l’installation du verre à Installation MB |
| Installation MB | Employeur du travailleur | Saillies remarquées deux semaines plus tôt, sans suite ni signalement |
Ce qui peut suivre
Le rapport d’enquête de la CNESST ne condamne personne. Il établit des causes et vise la prévention. La CNESST a interdit les travaux en hauteur sur le toit de la chaufferie et sur la verrière, puis autorisé leur reprise après les corrections du maître d’œuvre. Une poursuite pénale demeure un régime distinct. L’article 237 de la loi punit quiconque compromet directement et sérieusement la santé, la sécurité ou l’intégrité d’un travailleur. Pour une personne morale, l’amende va de 15 000 $ à 60 000 $, puis de 30 000 $ à 150 000 $ en cas de récidive et de 60 000 $ à 300 000 $ pour toute récidive additionnelle. Au 24 octobre 2026, aucune source consultée ne fait état de constats d’infraction dans ce dossier.
Un cas parmi d’autres
Une chute mortelle sur un chantier n’a rien d’exceptionnel au Québec. Selon une présentation d’inspecteurs de la CNESST, les chutes de hauteur ont causé 51 décès de 2018 à 2022, et la construction comptait 18 % des 24 856 accidents de ce type. En 2025, 91 travailleurs québécois sont morts d’un accident du travail, selon le bilan de la CNESST rapporté par le Journal de Lévis pour le Jour de deuil d’avril 2026.
Le rapport tombe au moment où la question du contrôle des chantiers est devant un autre forum. La coroner Andrée Kronström préside depuis mars 2026 une enquête publique sur quatre décès sur des chantiers de construction, qui a entendu plus de 175 témoins. Aucun de ces quatre décès n’est une chute. Les audiences ont repris le 19 octobre pour étudier des pistes de solution. Selon le Bureau du coroner, la semaine du 26 octobre porte sur les programmes de prévention, le renforcement de la surveillance des chantiers et les compétences en santé et sécurité des travailleurs, des maîtres d’œuvre et des employeurs. La dernière semaine d’audiences est prévue du 9 au 13 novembre.
Le chantier de la rue Lenoir montre ce que ces audiences auront à régler. La loi désigne un responsable unique, le maître d’œuvre, mais l’information dont il avait besoin était répartie entre quatre entreprises, sans voie pour la faire remonter. Le panneau d’isolant a cédé en une seconde. La question laissée ouverte est celle des deux semaines qui ont précédé.
Article à jour au 24 octobre 2026.
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Références
- CNESST. (2026, 9 septembre). Rapport d’enquête — Accident mortel survenu le 13 novembre 2025 à un travailleur de 9276-3382 Québec inc. (Installation MB) (RAP1569627, dossier DPI4412679). https://centredoc.cnesst.gouv.qc.ca/pdf/Enquete/ed004497.pdf
- CNESST. (2026, 22 octobre). Décès d’un monteur vitrier d’Installation MB : la CNESST dévoile les conclusions de son enquête [communiqué]. Cision. https://www.newswire.ca/fr/news-releases/deces-d-un-monteur-vitrier-d-installation-mb-la-cnesst-devoile-les-conclusions-de-son-enquete-807377577.html
- Loi sur la santé et la sécurité du travail, RLRQ, c. S-2.1, art. 51, 196 et 237 (à jour au 15 octobre 2026). Légis Québec. https://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/version/lc/S-2.1?code=se%3A237
- Bureau du coroner. (2026, 16 octobre). Enquête publique concernant les décès sur les chantiers de construction : reprise des audiences le 19 octobre 2026 [communiqué]. Québec.ca. https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/enquete-publique-concernant-les-deces-sur-les-chantiers-de-construction-reprise-des-audiences-le-19-octobre-2026-des-pistes-de-solution-a-letude-pour-renforcer-la-prevention-et-la-securite-72706
- Bureau du coroner. (2026). Enquête publique — Construction : avis d’audience (dossier 2025-00299). https://www.coroner.gouv.qc.ca/fileadmin/contenu/Enquêtes_publiques/Construction/EP_CONSTRUCTION_-_Avis_d_audience.pdf
- Beauvais, P. et Robert, M. (s. d.). Prévenir les chutes de hauteur, c’est sauver des vies [présentation]. CNESST, Direction de la prévention-inspection de la Rive-Nord. https://www.cnesst.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/prevenir-les-chutes-de-hauteur.pdf
- Journal de Lévis. (2026, 28 avril). 257 décès liés au travail sont survenus en 2025. https://www.journaldelevis.com/jdl/53/Main-d_%C5%93uvre.html?id=45387
- Miller Thomson. (2019, 29 mars). Maître d’œuvre et chantier de construction : l’état des lieux. https://www.millerthomson.com/fr/perspectives-juridiques/bulletin-droit-de-la-construction-et-fr/maitre-doeuvre-et-chantier-de-construction-letat-des-lieux/