Pour travailler temporairement au Québec, tout se joue d’abord sur une question : l’employeur a-t-il besoin d’une Étude d’impact sur le marché du travail (EIMT) ? C’est elle qui sépare les deux grands programmes fédéraux, le PTET et la Mobilité internationale, auxquels le Québec ajoute sa propre étape, le CAQ. Et depuis 2024, un moratoire ferme la porte aux postes à bas salaire à Montréal et à Laval.
PTET ou PMI : la ligne de partage, c’est l’EIMT
Le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) exige que l’employeur obtienne une EIMT, c’est-à-dire une évaluation, par Emploi et Développement social Canada (EDSC), de l’effet de l’embauche d’un travailleur étranger sur le marché du travail local. Le permis qui en découle est généralement « fermé » : il lie la personne à un seul employeur.
Le Programme de mobilité internationale (PMI), à l’inverse, regroupe les situations dispensées d’EIMT. On y trouve les permis délivrés en vertu d’accords internationaux comme l’ACEUM, les mutations à l’intérieur d’une société, le programme Expérience internationale Canada ou la Mobilité francophone (pour les entreprises situées hors Québec). La logique n’est plus l’absence de main-d’œuvre locale, mais l’intérêt économique, social ou culturel du Canada.
Au Québec, une étape de plus : le CAQ
Dans le cas du PTET, à l’EIMT fédérale s’ajoute un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ) délivré par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI). Concrètement, l’employeur dépose une demande conjointe; si elle est acceptée par Service Canada et par le MIFI, l’employeur reçoit une EIMT favorable et le travailleur, un CAQ. La personne sollicite ensuite son permis de travail auprès d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Les postes dispensés d’EIMT (PMI) n’exigent en règle générale pas de CAQ.
Une obligation québécoise s’est aussi ajoutée : depuis le 17 décembre 2025, les entreprises de 25 employés ou plus doivent respecter leurs obligations de francisation pour obtenir une EIMT positive.
| Critère | PTET | Mobilité internationale (PMI) |
|---|---|---|
| EIMT requise ? | Oui | Non (dispense) |
| Évaluation | EDSC (fédéral) + MIFI au Québec | IRCC (offre d’emploi déclarée) |
| Fondement | Besoins du marché du travail, poste précis | Accords internationaux, intérêt économique ou culturel |
| Type de permis | Généralement fermé (un seul employeur) | Souvent ouvert ou lié, selon le code de dispense |
| CAQ requis au Québec ? | Oui | Non, sauf exceptions |
Le moratoire sur les bas salaires à Montréal et à Laval
C’est l’élément le plus daté, et le plus contraignant. Le Québec suspend la réception des demandes d’EIMT pour les postes à bas salaire situés dans les régions administratives de Montréal et de Laval. Le seuil distinguant un poste « à bas salaire » d’un poste « à haut salaire » s’établit à 34,62 $ l’heure jusqu’au 31 décembre 2026, date jusqu’à laquelle la mesure a été reconduite. Elle vise aussi le traitement simplifié et le renouvellement des permis des personnes déjà à l’emploi dans ces deux régions. Des secteurs jugés essentiels demeurent exemptés : agriculture, construction, transformation alimentaire, enseignement, santé et services sociaux.
À cette mesure provinciale se superpose une mesure fédérale : depuis le 26 septembre 2024, Ottawa ne traite plus certaines demandes d’EIMT à bas salaire dans les régions métropolitaines de recensement dont le taux de chômage atteint 6 % ou plus, ces taux étant révisés périodiquement (dernière mise à jour le 10 avril 2026). Conséquence : même lorsque le chômage de la région de Montréal repasse sous 6 % et rouvre la porte fédérale, le moratoire québécois continue, lui, de bloquer Montréal et Laval. Le gouvernement présente la mesure comme une protection du marché du travail local; des organisations patronales, elles, redoutent l’aggravation des pénuries de main-d’œuvre.
Les droits, quel que soit le permis
Le statut temporaire ne suspend pas les droits du travail. Les normes du travail, la santé et la sécurité, et les recours devant la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) s’appliquent à toute personne qui travaille au Québec, y compris les travailleurs étrangers temporaires. Le permis fermé, qui rattache un travailleur à un seul employeur, crée toutefois une vulnérabilité reconnue : c’est précisément pour y répondre qu’existe un permis de travail ouvert destiné aux travailleurs vulnérables. L’éventail des recours est détaillé dans notre guide complet de l’immigration au Québec et au Canada.
Du temporaire au permanent
Beaucoup voient le travail temporaire comme une première marche vers l’établissement durable. L’expérience de travail acquise au Québec peut nourrir une candidature au Programme de sélection des travailleurs qualifiés, dont nous expliquons le fonctionnement dans notre article sur le PSTQ et la plateforme Arrima. Mais le passage n’a rien d’automatique : il suppose de répondre aux critères de sélection, à commencer par le français, et de franchir les deux temps menant du certificat de sélection à la résidence permanente.
Un cadre mouvant à surveiller
Entre seuils salariaux révisés, taux de chômage trimestriels et échéance de décembre 2026, le travail temporaire au Québec est l’un des domaines de l’immigration où l’information se périme le plus vite. Avant toute démarche, vérifier l’état en vigueur des mesures sur les sites d’EDSC, d’IRCC et du MIFI reste indispensable.
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Références
Gouvernement du Québec. (2026). Comprendre les autorisations à obtenir pour embaucher un travailleur étranger temporaire. https://www.quebec.ca/entreprises-et-travailleurs-autonomes/administrer-gerer/embauche-gestion-personnel/recruter/embaucher-immigrant/embaucher-travailleur-etranger-temporaire/comprendre-autorisations
Gouvernement du Québec. (2025). Décision de gestion des demandes dans le Programme des travailleurs étrangers temporaires. https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/decision-de-gestion-des-demandes-dans-le-programme-des-travailleurs-etrangers-temporaires
Bibliothèque du Parlement. Les travailleurs étrangers temporaires au Canada. https://lop.parl.ca/sites/PublicWebsite/default/fr_CA/ResearchPublications/201936E
Immigrant Québec. (2025). Immigrer au Québec en tant que travailleur temporaire. https://immigrantquebec.com/fr/preparer/immigrer-s-expatrier-permis-et-visas/travailler-temporairement-au-quebec-canada/






