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Refondre un programme de cégep : ce que le devis ministériel permet, en combien d’années

2 heures ago
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Cartable de plans de cours et machine à écrire sur un bureau de cégep
IMAGE D'ILLUSTRATION GÉNÉRÉE PAR L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DU JURIDHIC : DIHYA AI. ©LeJuridhic.com, 2026.

Le réseau collégial vient d’en faire la démonstration : le droit québécois permet bel et bien d’abolir des programmes techniques jugés dépassés. Techniques de bureautique, le programme le plus directement exposé à l’automatisation, a été fusionné avec deux autres dans un nouveau diplôme unique. Mais la mécanique qui a produit ce résultat — le devis ministériel — travaille sur des cycles si longs que sa dernière refonte a été pensée avant même l’arrivée de l’IA générative.

Il faut regarder de près la tuyauterie juridique du collégial pour comprendre à la fois sa force et sa lenteur. Car contrairement à une idée répandue, les cégeps ne décident pas seuls de ce qu’ils enseignent — et le ministère ne peut pas, non plus, tout changer d’un claquement de doigts.

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Qui écrit les programmes des cégeps

L’architecture est fixée par la Loi sur les collèges d’enseignement général et professionnel et par le Règlement sur le régime des études collégiales, le RREC (Éditeur officiel du Québec, 2026). Le partage y est net : le ministre établit les programmes conduisant au diplôme d’études collégiales et en définit les objectifs et les standards — c’est le fameux « devis ministériel » —, tandis que le collège met en œuvre les programmes pour lesquels il a reçu l’autorisation ministérielle et élabore localement les cours qui mènent aux compétences prescrites. Comme le résume le ministère lui-même dans le devis le plus récent du secteur de l’administration : les programmes d’études relèvent du Ministère, les établissements en assurent la mise en œuvre (ministère de l’Enseignement supérieur, 2022).

Le RREC ménage toutefois une voie rapide. Son article 16 permet à un collège d’établir lui-même, dans un domaine où il détient déjà une autorisation, un programme d’établissement menant à une attestation d’études collégiales — l’AEC (Éditeur officiel du Québec, 2026). C’est par cette porte que le réseau s’est adapté le plus vite au numérique : l’AEC se conçoit à l’échelle d’un établissement, sans attendre de devis national. Deux voies, deux vitesses : le droit lui-même a prévu le contraste.

VoieQui l’établitCadre juridiqueRythme constaté
DEC techniqueLe ministre (devis national)Loi sur les collèges, RRECCycles de révision en années
AECLe collège lui-mêmeArt. 16 du RRECConception à l’échelle locale, beaucoup plus rapide

La preuve que le système sait supprimer

Le secteur de l’administration offre le cas d’école le plus instructif de la décennie. Trois programmes de DEC — Techniques de bureautique (412.A0), Techniques de comptabilité et de gestion (410.B0) et Gestion de commerces (410.D0) — disparaissent au profit d’un programme unique, Techniques d’administration et de gestion (410.G0), doté d’un nouveau devis ministériel de 17 compétences obligatoires et 14 au choix (Cégep Garneau, 2025). La bureautique, dont les tâches — traitement de texte, mise en page, gestion documentaire — figurent parmi les plus automatisables qui soient, cesse ainsi d’exister comme diplôme autonome. Le droit collégial sait donc trancher : fusionner, supprimer, refondre. C’est précisément ce que réclament ceux qui jugent une partie de l’offre de formation dépassée.

Reste le calendrier. La séance ministérielle de présentation du nouveau devis aux collèges s’est tenue le 3 novembre 2022, au terme d’un chantier de révision amorcé bien avant (Gouvernement du Québec, 2023). Le programme devait être offert à compter de l’automne 2024 ; dans les faits, les premières cohortes s’échelonnent selon les établissements — l’automne 2025 au Cégep de Sorel-Tracy, l’automne 2026 au Cégep Garneau (Cégep de Sorel-Tracy, 2026 ; Cégep Garneau, 2025). Entre les premiers travaux de révision et la dernière cohorte de départ, c’est la majeure partie d’une décennie qui s’écoule. Et les étudiants des anciens programmes, eux, terminent encore leur parcours dans des grilles conçues pour un marché du travail qui se transforme sous leurs yeux.

Un cycle pensé avant ChatGPT

Ce décalage n’est le scandale de personne : réviser un devis national suppose des analyses de profession, des consultations d’employeurs, l’élaboration locale dans chaque collège, la formation des équipes enseignantes. La rigueur a un coût en temps. Le problème est ailleurs : la refonte du secteur de l’administration a été conçue pour l’essentiel avant novembre 2022 — avant, donc, que l’IA générative ne redéfinisse ce que signifie « rédiger », « compiler » ou « produire un document ». Un cycle de révision calibré pour une décennie fige nécessairement les hypothèses de son époque de conception.

Depuis, le ministère de l’Enseignement supérieur a publié, le 18 août 2025, un cadre de référence sur le déploiement et l’intégration de l’IA dans les réseaux collégial et universitaire (Gouvernement du Québec, 2025). L’outil est utile, mais il oriente ; il ne prescrit rien dans les devis eux-mêmes. Aucune compétence liée à l’IA n’est, à ce jour, imposée transversalement aux programmes techniques. Pendant ce temps, la voie rapide de l’article 16 produit des attestations locales, inégales d’un collège à l’autre — utiles aux adultes en reconversion, invisibles pour l’étudiant du DEC régulier.

Le collégial illustre ainsi, mieux qu’aucun autre ordre d’enseignement, le paradoxe central de notre dossier : la mécanique juridique de l’adaptation existe, elle vient même de servir — mais son horloge n’est pas celle de la technologie. Ce que le devis ministériel permet, le calendrier le retarde. Les autres étages du système, du régime pédagogique aux chartes universitaires, présentent chacun leur version du même dilemme, que cartographie notre dossier sur l’adaptation des programmes de formation à l’IA.

Note sur ce contenu. Cet article a été rédigé par un(e) journaliste IA du Juridhic. Il reflète ses recherches et son point de vue, sous la supervision et la responsabilité éditoriale de la rédaction humaine du Juridhic. Nous visons la plus grande rigueur, mais des erreurs peuvent subsister. Votre vigilance compte : signalez-nous toute correction à corrections-lejuridhic@protonmail.ch.

Références

  • Éditeur officiel du Québec. (2026). Règlement sur le régime des études collégiales, RLRQ, c. C-29, r. 4. legisquebec.gouv.qc.ca
  • Ministère de l’Enseignement supérieur. (2022). Programme d’études Techniques d’administration et de gestion (410.G0) [devis ministériel]. cdn-contenu.quebec.ca
  • Gouvernement du Québec. (2023). Travaux de développement dans le secteur de l’administration. quebec.ca
  • Gouvernement du Québec. (2025, 18 août). Intelligence artificielle en enseignement supérieur — Québec dévoile des outils concrets pour guider les réseaux collégial et universitaire [communiqué]. quebec.ca
  • Cégep Garneau. (2025, 11 mars). Techniques d’administration et de gestion (410.G0) [présentation]. cegepgarneau.ca
  • Cégep de Sorel-Tracy. (2026). Techniques d’administration et de gestion. cegepst.qc.ca

Mathieu Benoît

Voix augmentée · Journaliste polyvalent
Mathieu Benoît est un généraliste du droit, à l'aise sur tous les terrains de l'actualité juridique, du local au comparé. Il combine recherche humaine et outils d'IA de la rédaction pour tenir le rythme sans rien céder sur la rigueur.

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