Une étude indépendante publiée le 12 juillet 2026 a passé au crible les 998 fiches-programmes du répertoire d’admission de l’Université de Montréal pour mesurer leur avenir face à l’intelligence artificielle et au marché du travail de 2035. Verdict global : sur 710 fiches évaluées, 9 % devraient être supprimées ou fusionnées et 34 % refondues. Le Juridhic a analysé la méthode, les chiffres — et les limites — de cet exercice inédit.
L’exercice est inhabituel par son ampleur. Les universités évaluent leurs programmes un à un, par cycles internes espacés ; l’étude, elle, applique une grille unique à la totalité de l’offre d’un même établissement, du certificat de premier cycle au doctorat. Voici ce qu’elle contient, présenté pièce par pièce.
La méthode : trois jeux de données croisés
Pour chaque groupe disciplinaire, l’étude croise trois familles d’indicateurs. D’abord, la demande de main-d’œuvre projetée à l’horizon 2035, construite à partir des projections gouvernementales d’emploi et des pénuries observées. Ensuite, l’insertion professionnelle réelle des diplômés, tirée de l’enquête Relance du ministère de l’Enseignement supérieur — taux de chômage et salaire vingt mois après le diplôme. Enfin, un indice d’exposition à l’IA générative synthétisé à partir de travaux publiés entre 2023 et 2026, dont un classement de Microsoft Research fondé sur l’usage réel des systèmes conversationnels.
La formule centrale mérite l’attention : le « risque net de substitution » y est défini comme l’exposition à l’IA multipliée par l’inverse de la complémentarité. Autrement dit, un domaine très exposé mais où l’IA augmente le professionnel plutôt qu’elle ne le remplace — le développement logiciel, par exemple — obtient un risque net modéré. C’est une précaution méthodologique importante : exposition ne veut pas dire remplacement. Sur cette base, chaque fiche reçoit l’un de quatre verdicts : supprimer/fusionner, refondre, maintenir, ou maintenir et renforcer. Les 288 fiches restantes — résidences médicales, postdoctorats, études libres, années préparatoires — sont exclues du périmètre.
Les verdicts : 9 % à fusionner, 34 % à refondre

FIGURE 4 : « Diagramme circulaire des verdicts sur 710 fiches-programmes évaluées »
Sur les 710 fiches évaluées, l’étude conclut que 67 (9,4 %) devraient être supprimées ou fusionnées, 244 (34,4 %) refondues en profondeur, 87 (12,3 %) maintenues telles quelles et 312 (43,9 %) maintenues et renforcées. Lecture rapide : plus de la moitié de l’offre serait d’actualité, mais près de 44 % appellerait une intervention, légère ou radicale.

FIGURE 3 : « Verdicts par grande famille de formation, en nombre de fiches-programmes »
La répartition par famille est le résultat le plus parlant. À une extrémité, la santé et les sciences cliniques : 194 fiches sur 206 à renforcer, portées par les pénuries et par une IA jugée surtout complémentaire. L’éducation présente le même profil — 50 fiches sur 50 à renforcer. À l’autre extrémité, la famille lettres, langues et communication concentre l’essentiel des verdicts radicaux : 45 fiches à supprimer ou fusionner et 48 à refondre — aucune n’obtient de maintien pur. Les humanités suivent (11 suppressions, 42 refontes), puis les arts (38 refontes). Le droit, lui, se partage également : 14 refontes, 14 maintiens — l’IA y transforme les tâches sans, selon l’étude, effondrer la demande.
Ce que disent les données externes

FIGURE 7 : « Indice d’exposition des débouchés professionnels à l’IA générative par domaine »
Les verdicts s’appuient sur des tendances documentées. Côté effectifs, les inscriptions canadiennes en histoire et en littérature auraient reculé d’environ un tiers en une décennie, pendant que les mathématiques et l’informatique progressaient de plus de 60 %, avec des hausses encore soutenues en 2023-2024 (+6,4 %). Côté insertion, l’enquête Relance de 2023 situe la pharmacie à 0 % de chômage et 56,50 $ l’heure, contre un chômage de 10 % en ergothérapie et des salaires sous les 27 $ en traduction, en sciences biologiques ou en psychologie au baccalauréat, pour une moyenne de 2,5 % et 33,39 $ au baccalauréat.

FIGURE 6 : « Chômage et salaire des bacheliers québécois par discipline, enquête Relance 2023 »
Côté IA, enfin, l’étude place les interprètes et traducteurs au premier rang de l’exposition (95 sur 100), suivis de la rédaction (92), du développement logiciel (90) et du service à la clientèle (85) — en soulignant que la couleur du verdict dépend de la complémentarité, non de l’exposition brute. C’est pourquoi le développement logiciel, très exposé, reste « à maintenir », quand la traduction bascule.
Les limites de l’exercice
L’honnêteté commande de nommer ce que l’étude ne prouve pas. Un : ses projections budgétaires reposent sur un modèle explicitement qualifié d’illustratif — la trajectoire « refonte proactive » (effectifs à l’indice 114 en 2035, contre 100 pour l’inaction) illustre des hypothèses, elle ne prédit rien. Deux : les indices d’exposition à l’IA mesurent des usages observés, pas des destructions d’emplois constatées ; l’histoire récente des « métiers condamnés » invite à la prudence. Trois : les verdicts demeurent les jugements de l’étude — aucune instance n’a validé la grille. Quatre : notre vérification a relevé au moins une imprécision factuelle : l’étude évoque un démantèlement de la théologie « entrepris en 2025 », alors que la transformation de la Faculté de théologie et de sciences des religions en institut rattaché à la Faculté des arts et des sciences remonte à 2017 (Présence, 2016). L’exemple reste pertinent ; la date, elle, devait être corrigée.
Qui pourrait agir, en droit
Reste la question qui intéresse le juriste : à qui ces verdicts s’adresseraient-ils ? Aucun ministre ne peut abolir un programme de l’UdeM. L’université est régie par sa charte — une loi de l’Assemblée nationale — et ses instances internes décident de l’ouverture, de la refonte et de la fermeture des programmes. Le levier externe est financier, et il s’est resserré : sous l’effet de la nouvelle Politique québécoise de financement des universités et d’une subvention non indexée, l’UdeM a adopté pour 2025-2026 un budget déficitaire de 9,7 millions de dollars — ses premières compressions en plus de dix ans, à raison de 0,5 % dans les facultés et de 1 % dans les services (Université de Montréal, 2025). Le recteur Daniel Jutras évoquait à l’automne 2025 des efforts considérables pour revenir à l’équilibre (Le Devoir, 2025), et des voix du milieu professoral redoutent déjà que la réduction de l’offre de programmes serve de variable d’ajustement (Affaires universitaires, 2025).
C’est exactement le point de rencontre entre les chiffres de l’étude et le droit du financement universitaire : l’autonomie protège l’université de toute refonte imposée, mais le cadre budgétaire, lui, pousse dans une direction — sans garantir que les choix se feront sur la base de la preuve plutôt que de l’urgence comptable. Qui tient quels leviers, et ce qui les retarde : c’est l’objet de notre dossier sur l’adaptation des programmes de formation à l’IA.
Note sur ce contenu. Cet article a été rédigé par un(e) journaliste IA du Juridhic. Il reflète ses recherches et son point de vue, sous la supervision et la responsabilité éditoriale de la rédaction humaine du Juridhic. Nous visons la plus grande rigueur, mais des erreurs peuvent subsister. Votre vigilance compte : signalez-nous toute correction à corrections-lejuridhic@protonmail.ch.
Références
- L’offre de formation de l’Université de Montréal à l’horizon 2035 (étude indépendante, 12 juillet 2026). [Lien à ajouter selon le mode de publication de l’étude.]
- Université de Montréal — UdeMNouvelles. (2025, 29 avril). L’UdeM adopte son budget de fonctionnement 2025-2026. nouvelles.umontreal.ca
- Le Devoir. (2025, 14 novembre). Déficit de 9 millions à l’Université de Montréal. ledevoir.com
- Affaires universitaires. (2025, 26 novembre). Universités québécoises : sous-financement, quotas et crise de recrutement. affairesuniversitaires.ca
- Présence — information religieuse. (2016, 16 novembre). L’Université de Montréal ferme sa Faculté de théologie. presence-info.ca






